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Aujourd'hui, le 26 mai 2021 - Bon anniversaire Duke
Des acteurs qui entrent dans la légende du cinéma au point d’emporter l’adhésion d’un public sur leur seul nom, il n’y en a pas eu tant que cela. Gabin était de ceux-là, Delon le fut aussi, aux USA, ce fut un phénomène un peu plus fréquent, mais n’arrivait pas à ce statut de star qui le voulait, il fallait construire une carrière, une légende. Et c’est bien à une légende du cinéma que je souhaite rendre hommage aujourd’hui. Il y aurait un livre à consacrer à ce personnage tant il y a à dire sur son parcours et ses films, ce fut un héros pour bien des spectateurs, il s’illustra dans des rôles différents, mais ce fut avant tout le cowboy de l’Ouest sauvage que les spectateurs attendaient et qu’il incarna pendant plus de 50 ans. Ce héros typiquement américain, bien sûr je l’ai découvert à la télévision, mais son aura était encore tellement puissante même après sa mort qu’il laissa et laisse encore une empreinte gigantesque sur le septième art. Un cowboy mythique, il n’y en a qu’un dans le monde entier et ce cowboy était interprété par le grand John Wayne.

Marion Morrison naît le 26 mai aux Etats-Unis dans l’Iowa, il deviendra le grand gaillard d’1m93 que nous connaissons et les studios
lui donneront un nouveau nom. C'était un homme solide qui se voulait l’incarnation du mâle américain porté sur l’honneur et l’amour de la patrie qui restera chère à son cœur, car c’était un Républicain assumé. On le lui reproche assez comme cela aujourd’hui, il y a même des documentaires spécialement réalisés par salir la mémoire de l’acteur par le portrait d’un homme prétendument trop patriote, ce qui n'est plus de bon ton, même aux USA. Une polémique existe aujourd'hui pour débaptiser un aéroport californien qui porte son nom et ôter la statue à son effigie car Wayne aurait été un odieux raciste. C’est dans l’air du temps, c’est aussi cela la cancel culture, salir ce qui a précédé, le détruire à tout prix. Que cela soit dit, je ne cautionne aucunement les reproches adressés à John Wayne, bien au contraire, à la lumière du XXIe siècle décadent, son patriotisme ne fait que renforcer mon affection pour lui. Si un homme n’est plus libre de ses convictions politiques et morales, ce n’est plus un homme libre. John Wayne est resté libre toute sa vie, il a bien connu les contestations américaines des années 60, il en a été la victime déjà à cette époque quand il prenait partie pour l’engagement au Vietnam par exemple. Il fut la cible des étudiants des campus américains en révolte contre le monde, créateurs de la contre-culture, grande sœur de la cancel culture. Cela n’a pas empêché John Wayne de rester droit dans ses bottes, de poursuivre sa carrière et de laisser au monde une œuvre considérable.
Statue à l'aéroport John Wayne

De gauche à droite. Le président Nixon, John Wayne et Henry Kissinger - 1972.

Bien sûr, il n’y a pas que des grands films ou des chefs-d’œuvre dans sa filmographie, il a participé à près de 180 films, c’est considérable et il y a eu beaucoup de petits films dispensables, mais à côté de ceux-là, il y a les grands films. En 1938, alors que John Wayne tourne déjà depuis dix ans et qu’il a 31 ans, le réalisateur John Ford lui propose le rôle principal de son film, La chevauchée fantastique. L’histoire est connue, Wayne avait fait tous les métiers à Hollywood, accessoiriste, peintre, cascadeur car c’était un excellent cavalier et il peinait à trouver un grand rôle. Le grand réalisateur Raoul Walsh (qui fut lui-même acteur et on peut le voir en 1915 dans Naissance d’une nation de D.W. Griffith) lui proposa le premier rôle dans un ambitieux western en 1930, La Piste des géants, hélas malgré de vraies qualités, le film fut un échec et pourtant il est doté de scènes vraiment très impressionnantes pour l’époque. Wayne en fut dépité et fut presque convaincu d’arrêter le cinéma, il cessa de tourner et ambitionna même de devenir boxeur dans le Nevada.
La piste des géants - 1930
Le début des années 30 ne fut pas glorieux et malgré son envie de reprendre le chemin des studios, il ne tourna que dans des films de seconde zone. A la fin de la décennie, en 1938, un film changera donc le destin de l’acteur. Un autre aurait-il pu en faire autant ? Personne ne le saura jamais, la réussite est aussi une affaire de hasard et de rencontres. Wayne avait déjà rencontré les bonnes personnes au tout début de sa carrière et il s’était lié d’amitié avec John Ford. Le réalisateur pensa à lui pour son prochain film, un western qui devait relancer le genre un peu en perte de vitesse à cette époque. Le succès de La Chevauché fantastique (Stagecoach en américain, soit Diligence en français) relança la carrière de John Wayne, ce fut un succès inespéré et il devint l’un des acteurs les plus demandés, une véritable star adulée du public international, ce qui maintint sa carrière tout en haut des affiches de cinéma pendant tout le reste de sa vie.
La chevauchée fantastique - 1939
John Wayne que l'on surnommait Duke à cause du chien qui le suivait partout quand il était jeune et que Wayne avait appelé Little Duke, tourna sans cesse, jusqu’à sa mort. Je suis toujours très ému quand je le vois dans son dernier film dont le
titre évocateur est Le dernier des géants de Don Siegel (The Shootist en américain, soit Le tireur d'élite). Il faut voir John Wayne rongé par le cancer imposer encore sa présence magnétique, dominer l’Ouest comme personne mais confronté au bouleversement du monde moderne qui emportait l’Ouest sauvage dans le film et les westerns dans la vraie vie, genre qui avait été si emblématique à Hollywood et à la Cinecittà. Bien qu’il ne soit pas de ma génération, John Wayne fait partie de mes héros cinématographiques, j’ai grandi avec lui et adulte, j’ai apprécié différemment son œuvre, parfois en la critiquant (voir cet article), parfois en l’admirant (voir cet article). Bien sûr, il n’était qu’un acteur pourrait-on dire et ils sont parfois interchangeables tant que le talent est là et bien exploité par le réalisateur, véritable maître d’œuvre du film. Mais John Wayne avait cela de particulier qu’il possédait un exceptionnel charisme à l’écran, une présence qui ne s’achète pas, une démarche reconnaissable entre toutes et on ne trompe pas le public à ce jeu-là. Pour être honnête, j’imagine qu’il ne pouvait pas tout jouer, ce n’était pas un James Stewart ou un Paul Newman, John Wayne avait son style, il était avant tout John Wayne et le reconnaissait lui-même, il aimait être John Wayne à la ville comme à l’écran, prônant les mêmes valeurs morales chez lui comme dans un film. Pourtant, il a laissé quelques performances qui prouvent qu’il était capable de plus encore que ce qu’il a fait.
Le dernier des géants - 1976.
Des films comme La Rivière Rouge, La prisonnière du désert ou L’homme tranquille nous montrent toute l’étendue du talent d’acteur de Wayne qui en vérité, avait simplement envie de tourner ce qui lui faisait plaisir. Quoi qu’il en soit John Wayne aura touché à tout, au western bien sûr où il excella, mais aussi à la comédie, à la romance, au film de guerre, d’aventure, aux films policiers et même curieusement aux films catastrophe en jouant le premier rôle en 1954 dans Ecrit dans le ciel, un film de William Wellman qui ouvrira l’ère des films de catastrophes aéronautiques. Détail amusant, il aura dans ce film Robert Stack comme partenaire qui jouera le co-pilote de l'avion, le même Stack qui jouera plus tard le rôle du pilote dans le film parodique Y a-t-il un pilote dans l'avion?, clin d'oeil sans doute à ce rôle aux côtés de Wayne.
L'homme tranquille - 1952

Wayne et Stack au commandes dans Ecrit dans le ciel - 1954.
Ce grand acteur était populaire, le public lui a toujours été fidèle, mais la popularité ne fait pas tout, il n’aura été oscarisé que très tardivement en 1969 pour sa performance de vieux Marshall dans 100 dollars pour un Shérif (True Grit) de Henry Hathaway l’un de ses vieux complices à qui l’on doit par exemple le très réussi Les Quatre Fils de Kathie Helder avec le même John Wayne aux côtés de Dean Martin et de Martha Hyer. Il aurait sans doute mérité un Oscar en 1949 pour son rôle dans La Rivière Rouge de Howard Hawks, la récompense revint cette année-là à Laurence OIivier pour son rôle dans Hamlet. Quant au fait que L’homme tranquille de John Ford en 1952 se fasse voler la statuette par Sous le plus grand chapiteau du monde relève de la pure arnaque…le film méritait son Oscar au regard de la sélection de l’époque qui incluait aussi Ivanhoé, Moulin Rouge et Le train sifflera trois fois, indubitablement, L’homme tranquille méritait la première place. Ford a obtenu tout de même l’Oscar du meilleur réalisateur pour le film. Ceci étant dit, L’affaire Cicéron de Joseph Mankiewicz n’avait même pas été nominé et pourtant, il le méritait aussi, il aurait peut-être également mérité l’Oscar, tout comme James Mason l’Oscar du meilleur acteur. A ce petit jeu, nous n’en sortons plus…. On ne refait pas l’Histoire du cinéma ou alors, seulement pour se faire un peu plaisir. Quoi qu’il en soit, John Wayne a marqué le XXe siècle de son empreinte, empreinte artistique énorme, empreintre populaire tout aussi gigantesque, sans doute encore davantage car il incarne une certaine Amérique. Il est décédé en 1979 et franchement, pour un acteur mort il y a plus de quarante ans et qui tournait déjà dans les années 20, c’est une prouesse de rester encore dans les mémoires. Ce qui me plait avec John Wayne, c’est que je suis français et qu’il m’a toujours offert une part sublimée de son Amérique et qu’il me reste encore de nombreux inédits à découvrir, des années de cinéma en tête à tête avec l’immense John Wayne. En bon fan que je suis, je reconnais avoir été ému quand j'ai eu la chance de me retrouver près de ses empreintes de ses bottes et de son poing qu'il a laissées dans le béton en 1950 devant le fameux Chinese Theater de Los Angeles. On accepte ou pas d'être émerveillé par la magie du cinéma, par ses réalisateurs, ses musiques, ses histroires et parfois ses acteurs, avec John Wayne, je reconnais l'avoir été.

Wayne, vieilli pour le film La Rivière Rouge, aux côtés du jeune Montgomery Clift.

Wayne chevauchant dans les grandioses paysages de Monument Valley pour une scène de
La prisonnière du désert - 1957.