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Aujourd'hui, le 20 mars 2021- Vous prendrez bien encore un peu de sel?
Et si vous preniez un peu de sel ? Une question bien anodine aujourd’hui, le sel n’est plus un ingrédient réservé aux privilégiés, il se pourrait même qu’étant devenu si fréquent, il s’immisce dans toute notre alimentation et soit devenu un problème de santé public comme l'est le sucre en de trop grande quantité. Et pourtant, sel et sucre ont suivi l’évolution de la société et à une époque où ces matières premières étaient rares et fort utiles, voire même totalement indispensables à notre survie, elles n’étaient pas si facilement accessibles. Le sel, nous l’avons parfois oublié, était même l’enjeu d’une priorité de l’état, il relevait du monopole de la royauté française et c’est comme cela qu’est apparu au Moyen-âge, l’impôt sur le sel devenu la gabelle.
C’est un neveu de Philippe le Bel qui vient faire parler de lui dans cette affaire, la France a besoin d’argent en ces temps troublés par la Guerres de Cent Ans et Philippe VI de Valois, le roi de France décide alors par ordonnance d’augmenter la taxe sur le sel et de la généraliser. La taxation du sel existait déjà dans le royaume de France, elle était partielle et localisée, l’ordonnance du 20 mars 1342 la généralise. Cet impôt qui n’en porte pas le nom existait déjà dans l’Empire romain et il nous en rappelle bien d’autres qui existent toujours aujourd’hui et qui contribuent à alimenter les caisses de l’état. Si le sel n’est plus directement taxé au XXIe siècle, c’est pour la bonne et simple raison que tout est taxé…la taxe sur les carburants rapporte à l’état 83,9 milliards d’euros, la taxe sur les péages 12.6 milliards d’euros, la taxe sur l’audiovisuelle 3,8 milliards d'euros, la taxe sur le tabac 14 milliards d'euros, la fameuse TVA 217 milliards d’euros, autant d’impôts qui avancent masqués et que nos ancêtres du Moyen-âge avaient mollement initié avec la gabelle, cet impôt indirect qui avait tellement mauvaise presse. Il faut comprendre que le sel était alors une denrée essentielle à la conservation des aliments, viandes et poissons séchés se conservaient à l’aide du sel, le pain était salé bien sûr et il constituait une part importante de l'alimentation de nos chers ancêtres, et même les animaux d’élevage avaient besoin de sel. On comprend alors mieux la grogne du peuple à propos de la gabelle. Cette taxe durera jusqu’en 1945, jusqu’à ce que l’Assemblée Nationale constituante l’ait supprimée après bien des pérégrinations historiques alternant maintient et suppression de cet impôt depuis le XVIIIe siècle.
Ah les impôts, les taxes, notre quotidien à tous pour le salut de tous nous dit-on et c’est aussi ce que nous croyons. Lors d’une lecture récente du philosophe Michel Onfray, j’ai retrouvé une citation qu’il aime à rappeler à ses lecteurs, « Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres » écrivait déjà au XVIe siècle Etienne de La Boétie dans son discours sur la servitude volontaire, les hommes ne sont-ils donc pas responsables de leur assujettissement au pouvoir et donc aux impôts ? Sous l’Ancien Régime, la gabelle rapportait déjà une somme rondelette puisqu’elle représentait 6% des revenus de la royauté, depuis, les impôts se sont multipliés comme les petits pains du Christ. On ne l’apprendra à personne, nous sommes le pays le plus taxé du…monde. « Salut TVA bien?» auraient chanté les Inconnus à l’époque révolue de leur gloire et c’était tellement vrai…
