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Aujourd'hui, le 15 mars 2020 - Veni, vidi, Vici
Les ides de mars, cela vous dit-il quelque chose ? Bien sûr, les latinistes, les férus d’Antiquité et les amoureux d’Histoire réagiront immédiatement à cette évocation. Comment oublier ce jour fatal, comment ne pas songer à la tragédie qui s’est alors jouée, comment effacer les vingt-trois coups de couteau qui se sont plantés avec traîtrise dans la chair d’un homme et ont scellé son destin, peut-être le destin du monde. C’était il y a de cela 2065 années et le monde entier, ou presque, se souvient encore de l’évènement et du nom de l’homme auquel il est associé, un nom inoubliable, un nom grandiose et prestigieux, un nom qui marque à jamais l’histoire de l’Occident de sa gigantesque empreinte.
Même à Rome, il faisait sans doute encore un peu frais ce 15 mars de l’an 44 av. J.-C., des hommes se réunissaient alors sur le Champ de Mars un peu au sud du Panthéon, des décisions politiques devaient être prises et d’autres orientations plus tragiques avaient déjà été décidées dans l’ombre d’un complot qui devait en terminer avec la vie d’un romain, l’un des plus fameux, l’un des plus brillants, le dictateur en chef, ce magistrat romain qui détient les pleins pouvoirs, Caius Lulius Caesar, connu aujourd’hui sous le nom francisé de Jules César. Accompagné de Marc Antoine, il pénètre alors dans la Curie pour assister à une réunion du Sénat. Marc Antoine, ami de César, est rapidement mis à l’écart et Jules César se retrouve seul entouré de ses futurs assassins. La tuerie ne tarda pas et les vingt-trois coups de poignard achevèrent le grand homme qui comme chacun le sait, s’adressant à Brutus, aurait eu, d'après Suetone, ces dernières paroles en grec (sujettes à caution car elles ont été rapportées sans traces historiques) "καὶ σὺ τέκνον" : « Toi aussi, mon petit » reconnaissant parmi les conjurés l'un de ses proches et non pas son fils comme il est parfois trop rapidement dit. Vraisemblablement, Brutus était le fils de sa maîtresse Servilia… Le sang appelant le sang, Marc Antoine échappa de peu au complot qui avait envisagé de se retourner également contre lui…on connait le destin qui l’attend ailleurs, la défaite de la bataille d’Actium contre Octave, enfin sa mort en Egypte, auprès de Cléopâtre. Nul ne saura jamais si Jules César comptait se faire sacré roi de Rome comme certains le disent, il est même envisagé qu'il ait négligé sa propre sécurité, se sachant condamné par une maladie qui le rongeait. Il aura été l'imperator et le dictator au sens romain du terme, Octave son fils adoptif deviendra Auguste, il sera l'empereur absolu.
Militaire hors du commun, politique presque hors du temps, adversaire de Vercingétorix, figure emblématique de Rome, Jules César était également un grand lettré, un homme de poésie, de lettres qui aimait écrire. Des ses œuvres, il ne nous reste que la fameuse Guerre des Gaules où il relate l’avancée de la guerre sous forme de chroniques et La Guerre Civile, ses écrits sur le conflit qui l’opposa au général Pompée, le reste n’a pas traversé le temps. Si vous avez la chance d’aller à Rome, n’oubliez surtout pas de vous rendre dans le quartier de Largo di Torre Argentina, vous y découvrirez une superbe zone archéologique à ciel ouvert où sont conservées certaines structures de temples et aussi, une petite partie de la Curie romaine encore à découvert et partiellement conservée, qui pour quelques instants de voyage dans le temps, vous précipitera aux ides de mars, là même où César fut trouva la mort, faisant ainsi rejaillir pour quelques secondes du néant les cris et les derniers instants de l’immortel Jule César.
Sources: en ancien grec, le mot “τέκνον”, peut parfois être traduit par "fils", c'est aujourd'hui assez discuté par les historiens, on lui préfère la traduction de “mon petit” ou de “mon enfant”. Voir les travaux de Jérôme Carpocino à ce sujet , dans "Jules César", avec la collaboration de Pierre Grimal, Paris.
