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Aujourd’hui, le 31 mai 2021 – Première victoire à Monaco pour un champion légendaire
Nous avons besoin de nous enthousiasmer, besoin de nous distraire, nous ressentons la nécessité de vivre par procuration le grand frisson ou la belle émotion vécue par un tiers que nous ne serons jamais. Nous nous emballons pour la lecture, nos cœurs vibrent pour les héros de cinéma, nous incarnons parfaitement les protagonistes des jeux vidéo qui nous emportent dans les aventures les plus fantasques et nous suivons également les exploits physiques des grands sportifs de notre temps. Certains s’enthousiasment pour les sports individuels : boxe, tennis, ski, d’autres pour les sports collectifs : rugby, basket-ball ou pour le football qui attise tous les sentiments humains, même les pires. Pour moi qui reste attaché aux performances individuelles, il fut un temps où mes goûts sportifs conduisaient mon intérêt vers le sport automobile, il faut dire que mon père, passionné et excellent pilote m’a donné ce goût particulier en m’y faisant goûter assez jeune. Conduire une voiture de compétition, c’est un peu comme dompter une bête féroce et quand la bête est lâchée parmi d’autres animaux tout aussi vifs et dangereux, tenter de gagner sa place dans l’arène devient le challenge suprême. La griserie de la vitesse, les lignes travaillées ou futuristes des véhicules appellent à la rêverie tout comme à l’admiration de la performance de la voiture et du pilote. En ce dernier jour de mai, c’est bien d’un pilote qu’il sera question et quel pilote, Le pilote de légende.

1987. Vous le reconnaissez derrière sa visière avec son célèbre casque jaune?
Le 31 mai 1987, une Lotus, voiture anglaise de couleur jaune qui allait parfaitement avec la couleur du casque de son pilote, motorisée par le japonais Honda, franchira la première la ligne d’arrivée sur le mythique circuit urbain de Monaco. Cette voiture, c’était une formule 1, son pilote, un brésilien, sans doute l’un des plus connus au monde, son nom fait encore vibrer bien des passionnés de sport automobile, il s’agit bien sûr d’Ayrton Senna. Ce sera sa première victoire à Monaco, la première d’une longue série, car il sera vainqueur en 1987, 1989, 1990, 1991, 1992 et 1993. Rien ou presque rien n’arrêtera Senna à Monaco, si ce n’est lui-même le 15 mai 1988, car Senna en tête de la course eut un incident en heurtant une barrière avant le célèbre tunnel de la ville. Ce weekend-là, il détenait la pôle position et le meilleur tour en course. 
Malgré sa défaite, sa domination écrasante de la course le conduisit à faire une curieuse déclaration à la presse à la suite de cegrand prix d’anthologie: « Je ne pilotais plus de manière consciente. C’était du pilotage à l’instinct, dans une autre dimension. J’étais bien au-delà des limites mais toujours en capacité de les repousser. Le circuit était un tunnel et je continuais de rouler encore et encore. Cela m’a effrayé, car j’ai réalisé que j’avais dépassé mon état de conscience. », une déclaration qui avait de quoi transformer le pilote en une sorte d’être supérieur capable de se transcender pour réussir des exploits. Après tout, toute personne qui s’est déjà assez concentrée pour réaliser quelque chose d’intense peut ressentir ce genre de phénomène, une sorte de tunnel se fabrique autour de nous et le temps de compte plus, ici Senna poussait ce genre de phénomène à son paroxyme.
Après l'incident de Monaco en 1988.


1986, Senna dans la Lotus 98T. 1988, il gagne son premier championnat sur
McLaren MP4/4.

1992, Senna dans la McLaren MP4L7A
En remportant ce premier grand prix de Monaco, Ayrton Senna ne signait pas là sa première victoire, cela faisait déjà quelques années que les autres pilotes le voyaient comme le champion à venir. La carrière du coureur automobile fut intense, c’était aussi le maître de la conduite sur piste mouillée, il remporta d'ailleurs son premier grand prix au Portugal sous la pluie en 1985. Il fut l’éternel rival d’Alain Prost comme par ailleurs dans ce grand prix de 1987 où Senna heurta la barrière. A ce moment de la course, le brésilien s'apprêtait à prendre un tour à Prost son coéquipier, suprême humiliation pour le français. Senna voulait alors se venger de sa première participation au grand prix de Monaco, où en passe de gagner la course sur une piste détrempée, laissant Prost déjà loin derrière lui, le jeune Senna se vit confisquer la victoire par une douteuse décision du commissaire de course Jacky Ickx qui stoppa la compétition, offrant la victoire à Prost. Senna avait été volé, l'arrêt de la course était illégal, Ickx sera sanctionné. Senna s'en rappellera longtemps et les deux pilotes animèrent les années 80 et les débuts 90 de la formule 1 par leur forte rivalité. Senna ne remporta que trois titres du champion du monde mais aligna 65 pole positions. Après la défaite de 1988, rien ne l’empêchera plus de gagner Monaco, rien sauf la mort. Senna décèdera au cours du tragique grand prix de Saint-Marin le 1er mai 1994 à l’âge de 34 ans qui emportera aussi le jeune pilote Roland Ratzenberger lors des essais de cette même course. Curieux hasard, celui qui gagnera le grand prix de Monaco en 1994 quinze jour après la mort de Senna, deviendra lui aussi un pilote de légende marqué par un destin tragique, puisqu’il s’agira de Michael Schumacher, sept fois champion du monde. Il est à noter que lors de cette saison transitionnelle qui verra la mort d’un héros du sport et l’avènement d’un nouveau, Senna signera les trois pole positions des trois premiers grand prix. Senna, champion de la vitesse jusqu’à la mort ? Et qui sait, peut-être au-delà...

Mort trop jeune, Senna est resté dans la légende du sport automobile comme le pilote de tous les records et de tous les excès aux vues de sa relative courte carrière. Il reste tellement ancré dans l’inconscient collectif des amateurs de sport qu’une étude récente s’est penchée sur une drôle de question. Quel est le pilote le plus rapide depuis 1983 ? C’est l’agence Liberty Media promoteur de la F1 actuelle qui a confié l’enquête aux techniciens et à l’intelligence artificielle développée par Amazon. La réponse est simple, le pilot de plus rapide ? Ayrton Senna…il est suivi par Michael Schumacher et par Lewis Hamilton toujours en course. Senna représente une époque révolue, celle de l’accès et la proximité des pilotes et des stands pour le public, celle du pilotage pur, sans aide informatique, sans aide au freinage, sans bidouillage à distance de la voiture par un informaticien, sans pénalité en s’arrêtant au stand, une époque où il fallait actionner plus de 4000 fois le levier de vitesse dans une course comme celle de Monaco. Sans doute est-ce aussi pour toutes ses raisons que le goût pour la Formule 1 m’a quitté. Bien sûr, c’était une époque risquée, Patrick Depailler et Gilles Villeneuve en sont morts dans ces années-là, tout comme Paletti, De Angelis, Ratzenberger et bien sûr Ayrton Senna. Mais on meurt toujours en formule 1, le jeune français Jules Bianchi est décédé à 25 ans en 2015 malgré toute la sécurité et l’assistance que reçoivent les voitures. En cela, les sports automobiles sont peut-être les héritiers des jeux du cirque romain, le gladiateur qui descend dans l’arène et affronte une mort possible est l’ancêtre du pilote automobile qui frôle une mort potentielle, à dire que nous acceptons la possibilité de la mort dans une distraction, quelle apporte un piment supplémentaire dans notre exaltation, il n’y a qu’un pas…

Pour ma part, je garde le souvenir d’avoir croisé plusieurs fois Senna, Prost ou Piquet dans les allées des stands de Monaco et tant d’autres pilotes de cette époque. A Monaco, on pouvait alors tranquillement observer à quelques mètres seulement les mécaniciens travailler sur une voiture tandis qu’un pilote arrivait pour parler avec eux et signer ensuite quelques autographes. Le monde de la Formule 1 a bien changé, ce genre de proximité a totalement disparu. Le circuit de Monaco, le jardin de Senna, avait cela de formidable d’être ouvert au public le soir venu après essais et courses, ce qui rendait encore plus fascinant l’endroit, ceci dit, cette particularité n’a pas disparu, mais ne comptez plus sur la proximité avec les pilotes ou les voitures. Pour revivre cette époque, je vous propose de vous plonger dans une archive disponible sur Youtube et dont je mets le lien en fin d’article, à savoir, non pas la première victoire de Senna à Monaco, mais sa seule défaite, la fameuse course de ce dimanche 15 mai 1988. Vous pourrez découvrir ou vous replonger dans cette ambiance des années 80 et découvrir Senna dans ses œuvres, regardez bien, savourez l’instant, car ce sera la seule fois où vous verrez Senna perdre à Monaco…
Pour ceux qui voudraient revoir en intégralité le grand prix de Monaco de 1988, voici le lien pour revivre la grande époque de la Formule 1.
Un résumé de sa première victoire sous la pluie à Estoril en 1985.
https://www.youtube.com/watch?v=JRIOKRHhOto
Ici, le lien vers le test avec l’intelligence artificielle pour mesurer le pilote le plus rapide.
https://lesvoitures.fr/f1-ayrton-senna-est-le-pilote-le-plus-rapide-selon-une-etude/

Senna avant le départ, quelques instants avant sa mort sur le circuit d'Imola six tours après le
début de la course.