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Aujourd’hui, le 5 janvier 2024 – Un pont émerge de la brume californienne

1929, l’Amérique est en crise, c’est le krach boursier du jeudi 24 octobre qui a bouleversé la finance, poussé au suicide et défait des richesses. Rien que pour donner un exemple, la fameuse famille Rockefeller voit son patrimoine perdre 80% de sa valeur. Le monde est véritablement secoué par cette crise financière qui marqua les Etats-Unis et l’Histoire car la crise des capitalistes emporte avec elle les classes moyennes et les classes populaires ouvrières de l’Amérique du début du XXe siècle. En ces temps difficiles, il faut remonter la pente, il faut donner du travail à l’américain moyen et c’est dans ce contexte si particulier que Roosevelt décide une politique de grands travaux au début des années 30. C’est ainsi que vit le jour le projet d’un des ponts les plus célèbres du monde, le Golden Gate de San Francisco.

Le 5 janvier 1933 sonne le départ d’une gigantesque construction, un ambitieux projet qui ne fut pas sans heurts, celui du pont qui traverserait la baie de San Francisco pour relier la ville aux territoires plus au nord de la Californie en plein développement. C’était un vieux projet, une première étude avait été réalisée en 1872 mais l’ébauche de l’époque n’était pas allée plus loin. Plus tard, en 1916 le New York Time relayait un nouvel espoir, un projet de pont sur la baie qui allait encore rester en dormance quelques années. En 1927, le projet ressurgit, un nom lui est trouvé, le pont pourrait se nommer Golden Gate, mais rien n’est encore fait, il faut acquérir des terrains de part et d’autre, trouver un ingénieur et mettre en place les techniques nécessaires à cet édifice qui allait devoir supporter un climat plus rigoureux qu’on ne l’imagine dans cette partie de la Californie. Si le soleil et la douceur climatique sont de la partie, de grands dangers menacent pourtant toutes les constructions, davantage encore les projets maritimes. Tout le monde garde en tête le phénoménal tremblement de terre de San Francisco de 1906 qui ravagea la ville (et qui fut mis en scène par Hollywood dès 1936 dans une film nommé simplement « San Francisco » et réalisé par W.S. Van Dyke avec pour acteurs principaux Clark Gable et Jeannette MacDonald), le danger peut donc venir de la terre, mais aussi de la mer car les courants marins sont forts, enfin, il peut aussi venir du large avec le terrible brouillard de San Francisco qui nimbe régulièrement le pont de son aura mystérieuse et toxique car chargée de sel évidemment corrosif et ennemi du métal.

 

La baie avant la construction du pont.



Le défi est grandiose, l’homme chargé du projet le sera aussi. On fait appel à un ingénieur allemand, Joseph Strauss, constructeur de pont aux talents déjà éprouvés. C’est l’homme de la situation. Evidemment, en homme intelligent il s’entoura des meilleurs spécialistes pour mener à bien ce projet pharaonique du plus long pont suspendu du monde, 2737 mètres. Malgré cela, le projet était jugé trop coûteux et la crise de 1929 n’arrangeait rien à l’affaire, 25 millions de dollars de l’époque, c’était une véritable fortune (plus de 300 aujourd’hui). Strauss était dans l’impasse. On dit que le projet n’aboutit finalement que par l’achat des bouches trop zélées qui s’opposaient à lui, autant dire que nombre de pots de vins furent versés pour la bonne cause et la gloire de Strauss et de la ville. Après discussions, accidents, tempêtes colossales qui repoussèrent les travaux ou détruisirent les digues protectrices, manœuvres titanesques pour poser les piles du pont à 30 mètres de fond, le 27 mai 1937, le pont était prêt pour son inauguration, arborant sa couleur rouge si reconnaissable.

 

                             

Construction du pont au début des années 30



Le Golden Gate est un symbole, celui d’une Amérique des années 30, surpuissante, dominant déjà presque le monde par ses gratte-ciels et sa technique, par son cinéma et son audace, c’est un symbole d’ambition et de réussite, un rêve qui prenait corps dans une ville certes américaines, mais forgée par la culture européenne subissant l’influence des espagnols, des britanniques, des français pour enfin devenir américaine . Ce sera la ville de Levis Strauss et de ses fameux jeans, celle de la ruée vers l’or, celle du progrès avant de devenir une ville monde, nouvelle Babylone où le wokisme a posé ses bagages et ses ravages depuis déjà bien longtemps…A l’instar de nombreuses villes américaines (mais le monde suit ce modèle), San Francisco expose son melting pot qui n’est pas une assimilation, mais une cohabitation plus ou moins heureuse. Quartier chinois, quartier gai, quartier latino, quartier wasp, quartier afro et quartier dangereux à éviter si l’on tient à son intégrité physique. Derrière la carte postale de son pont, San Francisco est tombée depuis longtemps dans un âge sombre qu’il n’est pas de bon ton de mettre sous les feux des projecteurs mais qui est une triste réaliste bien palpable pour ceux qui mettent les pieds dans la ville phare de la côte ouest : misère, insécurité et drogue saisissent le voyageur attentif. Le pont reste cependant impressionnant, plus rapide à traverser qu’on ne l’imagine, une fois dessus on se dit rapidement « ah oui, c’est juste ça le Golden Gate ? ». Il conserve malgré tout cette image forte et symbolique, habillement exploitée par les USA pour conquérir le monde, forgée par la culture populaire américaine si capable de se propager qu’elle a presque conquis le monde pour le meilleur et pour le pire…