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Aujourd'hui, le 20 juin 2021 - Un nouveau monstre jaillit des profondeurs

 

Les monstres, ils nous effrayent, ils nous terrorisent, ils provoquent en nous une peur capable de nous saisir d’effroi jusqu’à l’inaction et quelque part ils nous fascinent. Ils réveillent en nous la peur primale, celle de nos ancêtres qui redoutaient la noirceur de la nuit autant que le prédateur tapi dans l’ombre. Certaines peurs demeurent toujours irrationnelles tandis que d’autres bien réelles vivent en nous pour nous rappeler que la vie est précieuse et qu’il faut tout faire pour la conserver. Le cinéma est passé maître dans l’art de jouer avec nos peurs, le sursaut fatal et incontrôlable est un ressort habituel du cinéma d’horreur et de frisson, cela porte un nom en anglais, le jump-scares et le cinéma d’horreur en abuse parfois pour terroriser le spectateur qui redoute une mauvaise rencontre pour le héros dont il suit les péripéties. Des sursauts effrayants garantissant le grand frisson, le film auquel je rends hommage aujourd’hui, est à même de nous en apporter. Des frissons qui nous marqueront si profondément, que ce film est devenu une référence internationale, une œuvre qui est définitivement entrée dans la culture populaire, pire pourrais-je dire, dans l’inconscient collectif à tel point qu’elle hante l’esprit incapable de totalement s’en défaire. Nous sommes nombreux à avoir été victimes des craintes engendrées par ce film américain et aujourd’hui encore, il reste une œuvre magistrale dans l’histoire du cinéma. Malheureusement pour eux, certains ont fait les frais du succès au box office, tandis que d’autres se sont définitivement braqués contre les premiers…Apprêtez-vous à vous mouiller un peu, entrez même dans l’eau jusqu’au cou et plongez pour découvrir l’horreur tapie dans l’océan, aujourd’hui, c’est l’anniversaire du mythe, Les dents de la mer.

 

 

 

 

 

Le film est sorti au USA le 20 juin 1975 (ils sortira en France en janvier 1976), mais comme beaucoup de gens, j’ai découvert ce film en VHS, époque lointaine du magnétoscope et des cassettes louées (et parfois copiées en toute illégalité pour en conserver une copie chez soi) au vidéoclub, l’épreuve fut rude et saisissante, le peur était bien au rendez-vous et j’ai, comme beaucoup, frissonné en voyant surgir le grand requin blanc du fond de l’océan pour gober, découper ou avaler tout rond un enfant ou une nageuse insouciante. Bien sûr, j’étais spontanément du côté du policier incarné par Roy Scheider, je m’enthousiasmais en découvrant l’océanographe interprété par Richard Dreyfuss, à même de nous révéler la véritable nature du monstre marin et j’étais prêt à embarquer avec le marin joué par Robert Shaw, seul capable au final de traquer la bête et de faire cesser le cauchemar qui s’abattait sur les côtes nord-est des Etats-Unis. Steven Spielberg signait ici son troisième long métrage (il avait réalisé le premier épisode de la saison 1 de la série Columbo) mais il s’agissait de son premier film à gros budget, ce fut un coup de géni. Le film fut un incroyable succès, 60 millions de dollars de recette en un mois pour un coût de 12 millions, et le film n’en restera pas là, il s’envolera vers les hautes sphères du box-office engrangeant près de 500 millions de dollars de recette dans le monde. Partout, les gens se sont précipités pour frissonner et découvrir ce nouveau monstre, il faut bien l’avouer, dont presque personne n’avait jamais entendu parler auparavant, pour le regarder dévorer les baigneurs, le détester tout en étant fasciné par cette machine vivante à dévorer les êtres vivants.

 

 

Le policier, l'océanographe et le marin à bord de l'Orca pour lutter contre le requin.

 

 

 

Le requin ne sortit pas indemne du film et ses cousins bien présents à nos côtés dans les océans subirent de plein fouet la terrible réputation que l’œuvre de Spielberg (adaptée du roman de Peter Benchley) leur avait taillée. L’angoisse s’était emparée des baigneurs et elle ne quitterait que difficilement l’esprit et l’inconscient populaire. Soutenu par une musique angoissante à souhait composée par John Williams et devenue si célèbre qu'elle tient à présent le rôle d'une petite blague que chacun se fait en la fredonnant pour inspirer la crainte, quelques notes suffisent et le requin est dans notre tête. Les dent de la mer (Jaws en anglais, donc Mâchoires) a marqué les requins du sceau de l’infamie pour de nombreuses générations. Evidemment, quand on imagine une telle créature, gueule grande ouverte, possédant un corps de 5 mètres de long, prêt à fondre sur le premier baigneur qu’il croise, la terreur ne peut que s’emparer de nous et d’ailleurs, elle n’est pas totalement injustifiée.

 

 

Matt Hooper, l'océanographe en train d'essayer de repérer le requin.

 

 

Des attaques de requins, il y en a, des morts par attaques de requins, il y en a également. Où nage le grand requin blanc ou d’autres, comme le requin tigre et le requin bouledogue, les baigneurs ne sont pas en parfaite sécurité, c’est vrai. Pourtant, il faut rétablir la vérité sur le sujet, il y a très peu d’espèces de requins agressifs et dangereux pour les nageurs et au regard d’autres causes de décès dans le monde, il y a peu d’attaques mortelles de requins, hélas pour les requins, ils traînent cette sinistre réputation dont ils ont bien du mal à se défaire et ils n’inspirent guère la pitié, quand bien même la réalité statistique nous démontre qu’ils sont en danger par la surpêche, plus de 100 millions de requins péchés chaque années dans l’indifférence générale, or ce sont des animaux (et non pas des monstres) dont la chaîne alimentaire à grand besoin puisqu’ils sont au sommet de cette chaîne et régulent les populations d’autres animaux marins. Le film de Spielberg les a habillés pour l’hiver et il semblerait que l’hiver soit long et rude pour ces animaux…

 

 

Le chef Brody se bat pour sa vie contre le grand blanc.

 

 

 

Aussi sinistre que soit la réputation des requins et aussi exagéré que soit le comportement du requin dans Les dent de la mer, évidemment je ne peux pas mentir, je me fais avoir chaque fois que je le revois et bien sûr, chaque fois je me dis que le danger est bien présent dans l’eau, à tel point que je n’aurais pas vraiment envie d’aller batifoler là où se prélassent quelques requins potentiellement dangereux et si par malheur je nageais en eau infestée, ce serait contre mon gré ou par excès de confiance ou manque d’informations. Je me  suis déjà retrouvé dans une zone où un requin tigre avait été vu la veille, mais je l’ignorais et je ne l’ai appris que le lendemain, plage et zone de baignade où j’avais moi-même nagé, avaient été fermées, mais je l’ignorais. Autant dire que je n’étais pas très fier en l’apprenant. Serais-je allé me baigner aussi beaux que fussent les fonds marins à cet endroit si j’avais été mis au courant de la présence du prédateur la veille de ma baignade ? Sûrement pas…mais à ce petit jeu, nous ne pouvons plus nous baigner nulle part, car des requins, il y en a partout et cela ne changera pas à moins que la folie et la crainte ne pousse au massacre de masse dans le but avoué d’exterminer tous les requins, ce qui serait une autre folie irrationnelle.      

 

 

Photo de tournage du film, le requin et sa mécanique interne.

 

 

 

 

Photos de Deep Blue, l'un des plus gros requin blanc photographié.