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Aujourd'hui, le 10 octobre 2020 - Un film pour fans de Wayne, rien d'autre.
John Wayne, l’homme aux 180 films dit-on, en voici un parmi sa filmographie qui ne restera ni dans l’histoire du cinéma ni dans mes choix de films dans lesquels l’acteur montre son charisme et son talent. Ah, on est loin de La Rivière rouge ou d’El Dorado avec ce bagarreur-là. Que ce soit dit, j’aime John Wayne, mais à trop tourner de films, évidemment on finit par faire des films mineurs, John Wayne voulait être souvent à l’écran pour marquer son époque et donner des films à son public, ce fut réussi dans les deux cas. A cette époque, les gens avaient toujours un film avec Wayne à se mettre sous la dent, il était omniprésent dans les salles obscures, ce qui renforçait son image d’acteur incontournable, mais à ce jeu, on finit aussi par tourner dans de mauvais films. Le bagarreur du Kentucky, c’est tout de même ce qu’on peut appeler un film bâclé, même s’il se laisse regarder car il n’est pas trop long. Bien sûr, Wayne avait des obligations pour respecter ses contrats avec les maisons de production et les choix des films ne lui revenaient pas toujours.

C'est un film de 1949, réalisé par George Waggner dont je n'avais strictement jamais entendu parler, il faut dire que ce réalisateur n'a rien laissé d'important même si ce fut le directeur du film Le loup-garou en 1941 avec le fameux Lon Chaney. Comme souvent au cinéma, comme souvent dans la carrière de Wayne, il y a une histoire d’amour dans l’intrigue, celle-ci est mièvre à souhait et peu crédible. Cela commence dès le début du film, l’actrice principale, Vera Ralston rencontre le personnage interprété par Wayne (il s'appelle John dans le film) et en cinq minutes à peine, elle est éperdument amoureuse de lui, il faut voir le regard qu’elle lui lance, elle en fait des tonnes (le réalisateur a vraiment demandé n’importe quoi à cette pauvre actrice), c'est ce qu'on peut appeler un coup de foudre à la mode hollywoodienne. Le film tournera autour de cette romance avec quelques autres rebondissements scénaristiques, mais sans rapport avec cette relation amoureuse qui occupera le spectateur jusqu'à la fin.

John Wayne en pleine phase de séduction dès le début du film.
L’histoire du film ? C’est assez simple, nous sommes en 1818, d’anciens soldats de l’Empire napoléonien installés aux USA, dont un général français, le père de le fille amoureuse du personnage de Wayne, vont devoir se battre pour garder les terres qu’ils possèdent, tandis que de méchants américains vont tenter de leur prendre par la fourberie, mais fort heureusement de gentils américains du Kentucky, dont Wayne, vous les aider à les garder. Au premier plan de cette histoire, il y a un triangle amoureux, car oui, la demoiselle est déjà promise à quelqu’un d’autre, un méchant garçon bien sûr, mais point trop n’en faut, il se révélera moins désagréable que prévu. Il est à gauche sur la photographie ci-dessous.

Les français du films, ici au centre, le général Paul de Marchand, le père de
l'amoureuse de John Breen.
Alors dans ce film, chose rare aux USA, on entendra la Marseillaise résonner, John Wayne et Oliver Hardy chantent aussi un peu des chansons militaires du Kentucky. Ah oui, car c’est important à noter ; Hardy tient un rôle ici et quel rôle le pauvre…en fait on lui demande de faire du Hardy mais sans son comparse Laurel, ça tombe à l’eau et…lui aussi, vraiment, il tombe à l'eau plusieurs fois je crois. En réalité, il faudrait savoir où l’on est, on n’est pas dans un film avec Laurel et Hardy, on n’attend pas de lui des blagues de sa jeunesse, cela nous semble ne pas avoir beaucoup de sens dans une sorte de western. Par curiosité, j’ai tendu l’oreille sur la version française aussi, pathétique choix du distributeur français, Hardy a sa voix de doublure habituelle avec un accent anglais, mais c’est le seul de la troupe avec un accent pareil, cela ne passe pas du tout, c’est complètement ridicule, tous les autres s'exprimant dans un parfait français sans accent. Par certains aspects, la version originale n’est pas beaucoup mieux, parmi tous ces français (et il y en a partout dans le film) aucun ne parle français, même quand ils sont uniquement entre français, on sent parfois un léger accent (en fait il y a des acteurs d’origine des pays de l’est qui roulent exagérément les r pour sonner étranger), rien de plus. Il n’y a qu’une seule actrice française et on l’entend bien, c’est la mère de la jeune amoureuse qui nous dit deux mots français : « chérie » et « papa » tandis qu’elle parle à sa fille, mais on se demande bien pourquoi elle ne lui parle pas en français, la « petite » est née en France, on est en 1818… John Wayne n’est pas très bon dans une voix off qui exprime parfois les sentiments de son personnage envers la jeune fille dont il est épris, les sentiments tendres n’ont jamais été sa spécialité, mais là, le réalisateur n’a pas fait le boulot de le reprendre comme il aurait fallu pour que cela sonne plus juste, sans doute ne reprenait-on pas John Wayne...

Oliver Hardy en habit de Davy Crockett.
Il y a quelques défauts techniques dans ce film qui n’arrangent pas l’expérience. Plusieurs gros plans de Wayne sont surexposés, ça choque au regard des plans larges des mêmes scènes normalement exposés. D’autres éclairages sont totalement ratés, par exemple, une scène de poursuite à cheval en temps réel commence en pleine nuit, le plan suivant il fait jour, le plan suivant il fait nuit et le plan suivant jour, tout cela dans la même temporalité et pour se terminer de nuit, c’est impardonnable. J’ai remarqué quelques raccords ratés, le monteur n’a pas fait un bon boulot, c’est le moins qu’on puisse dire.

Course poursuite qui commence la nuit, se poursuit en plein jout et se termine la nuit.
En fait, voila un film fait uniquement pour les fans de John, Wayne et rien de plus, une bluette sans saveur particulière qui, si elle se regarde gentiment, n'apporte rien de particulier, on en sort sans envie de le revoir un jour, à mon avis, c'est un signe qu'un film n'est pas réussi. Bien sûr, dans une filmographie de plus de 180 films, il n’est pas étonnant de trouver des films assez médiocres, j’imagine que les producteurs s’en moquaient tant que cela rapportait un peu d’argent, il est par ailleurs amusant de noter qu’il s’agit là d’une production Wayne, c’est mentionné au générique d’ouverture. L’acteur a produit ce film, s’il n’en est pas sorti un bon film, peut-être que des dollars sont tout de même entrés dans son escarcelle. Que voulez-vous, c’est aussi cela le cinéma, cela peut se comprendre, quelques films alimentaires pour en produire d’autres, jusqu’au chef-d’œuvre. Avec ce bagarreur, il était évident qu’il ne sortirait rien d’autre que quelques dollars.
