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Aujourd'hui, le 19 février 2021 - Religion, quand tu nous tiens, tu peux nous faire mal...
La religion nous fera sans doute parler encore des siècles, elle fera écrire, réfléchir, pleurer de joie ou de tristesse, elle nous fera enrager ou nous mènera par le bout du nez. Un jour païen polythéiste, un jour fervent monothéiste, un jour chrétien, musulman, juif, un jour désireux de croyances spirituelles non déistes, l’Homme se cherche toujours une croyance, il est fervent croyant parfois sans même le savoir. Quand il ne s’équipe plus d’un crucifix au-dessus de son lit pour protéger son destin dans l’au-delà et qu’il abandonne les bancs de son église, il se précipite tout naturellement pour acheter une pierre aux vertus curatives et miraculeuses ou bien il s’engage dans une spiritualité alternative pour maîtriser d'hypothétiques énergies du corps et s’affranchir de la douleur sans la médecine allopathique qui devient alors sa bête noire. Il cherche la magie, il lit des romans de fantasy, regarde des films de super-héros rêvant secrètement de posséder les mêmes pouvoirs, il a tout simplement besoin d’un merveilleux qui le transcende et sublime sa pauvre condition d’amas de molécules destinées à se désagréger puis à recomposer la nature avec la grande redistribution de nos atomes ? Tiens, la réincarnation ne serait-elle pas cachée là ?
En 356 de notre ère, une loi romaine fut promulguée dans l’empire, c’était un 19 février et l’Empereur romain chrétien Constance II, fils de l’illustre Constantin 1er, le père de la conversion de l’empire romain à la religion catholique, décida de condamner à mort quiconque oserait encore honorer les anciens dieux païens, ceux qui avaient protégés la Rome éternelle et lui avaient donné tant de victoires se battant avec Mars à ses côtés. Adieu Jupiter l’omnipotent, adieu Héra la revancharde ou adieu Vénus la sublime, votre temps était révolu, vous aviez vécu, protégé, diverti ou effrayé les Hommes mais cette fois la partie était terminée. Game over pour les dieux, une autre époque s’était levée, un autre dieu était devenu trop fort, il avait fait son travail de sape sur un peuple et le nouveau boss de fin de niveau se nommait Jésus.
Dans l’idée du siècle durant lequel vécu Constance II, il faut faire table rase du passé pour affirmer ses positions et déterminer un destin national, l’empereur ne s’en priva donc pas, il faut savoir ou non guider son peuple. Cette loi de 356 n’était pas nouvelle, cela faisait déjà plusieurs décennies qu’on faisait la chasse au paganisme de tout poil. On fermait des temples ou on les abattait (quel miracle qu’il en reste encore à admirer de nos jours), on brisait des statues, on condamnait tout ce qui n’était pas conforme à la nouvelle orthodoxie en vigueur. Le but était simple, imposer définitivement la nouvelle religion dans l’esprit des peuples, c’est toujours ainsi que cela se déroule de nos jours. Dans les faits, les condamnations à mort semblent n’avoir pas été très appliquées en occident, il faut dire que les catholiques n’étaient pas profondément cruels, tiraillés entre le naturel belliqueux de l'Homme et la doctrine d’amour de la religion qui prônait le pardon. Cependant, dans la partie orientale de l’empire, là où il y a avait de nombreux chrétiens, on fut plus sévère avec les païens qui voulaient encore faire une petite offrande à Poséidon pour une bonne pêche en temps de disette…bien sûr, le nombre de croyants faisait alors toute la différence, le nombre fait toujours la différence et à cette époque la chrétienté était vigoureuse et ne demandait qu’à se propager dans tout le monde connu. Peu à peu, le paysage spirituel se transforma dans l’empire et les catholiques bénéficièrent de privilèges, notamment le clergé qui ne paya plus d’impôts. On favorise ceux qui nous dominent, c’est bien connu... Et voila comment le paysage d’une société se transforme, se recompose avec les changements inhérents à une société qui cherche à appliquer de nouvelles valeurs. Tout passe, tout finit par s’installer dans une société quand le nombre fait la différence, quand le nombre fait la norme. Mais comme rien n’est jamais acquis, Constance II eut fort à faire avec un nouveau problème religieux, des dissidents qui se réclamaient d’arianisme (doctrine chrétienne qui ne croit pas en la Sainte Trinité) et de donatisme (doctrine chrétienne qualifiée d’hérétique) semèrent la discorde dans l’empire romain…
Nous connaissons la suite, le christianisme a gagné cette bataille de la spiritualité en occident, mais dans une guerre millénaire, il semblerait bien qu’il soit mal équipé pour affronter les temps futurs. Il a déjà perdu de nombreuses batailles et la défaite totale n’est plus très loin. La spiritualité, un bien grand mot pour de la superstition, un besoin de croyance qui a animé l’Homme depuis la préhistoire. Des cultes ont émergé du néant, de la peur de la maladie, de la pauvreté, du manque, de la mort et de l’incompréhension des forces de la nature. Les premières civilisations ont donné au monde de nouvelles mythologies, elles se sont affrontées puis elles ont disparu, laissant la place à des cultes plus jeunes, plus vigoureux que l’Homme à embrasser pour le meilleur et pour le pire, entre guerre et message d’amour selon la religion. Il nous reste souvent des bâtisses religieuses spectaculaires, magnifiques et admirables, de simples œuvres d’art quand on continuer à ignorer qu’elles reposent simplement sur la faiblesse de l’Homme et son besoin, peut-être naturel, de trouver plus fort que lui, plus grand, un guide, un être à respecter et à craindre. Qui d’autre qu’une divinité fantasmagorique?
