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Aujourd'hui, le 14 mai 2021 - Ralliez-vous à mon panache blanc...

 

 

Certaines dates marquent totalement l’Histoire de France, en tout cas, elles le devraient. Si on considère souvent l’apprentissage de l’Histoire comme une suite sans fin, sans intérêt, sans lien à même de nous passionner, c’est peut-être qu’il faudrait réformer son apprentissage pour la rendre plus vivante et de ce fait plus essentielle à nos yeux. Apprendre une énumération de dates sans entrer profondément dans la compréhension des évènements qui en découlent n’a strictement aucun sens, à part peut-être celui de développer les capacités mémorielles, mais il y avait les poésies et tables de multiplications pour cela…non, l’Histoire devrait être contée et rendue intéressante pour les implications qu’elle a dans la construction de notre civilisation et donc de notre présent. En dépit de cette légère charge contre l’apprentissage par la méthode du par cœur en histoire comme seule voie d'apprentissage, je vais tout de même évoquer une date extrêmement importante aujourd’hui, un évènement majeur de l’Histoire de France, puisqu’il s’agit de l’assassinat d’un roi et qui sait, de l’apprentissage d’une simple date, peut découler beaucoup de choses...

 

Il est resté dans les mémoires, et c’est loin d’être le cas de tous nos rois de France, sans doute sa mort brutale y a-t-elle contribué, on se souvient bien de l’assassinat de Jules César alors qu’on a oublié les premiers mérovingiens et certains capétiens, il faut peut-être y voir un lien de cause à effet. C’est donc le 14 mai 1610, date que j’avais bien évidemment apprise par cœur à l’école, que le roi Henri IV fut assassiné par Ravaillac. Un peu de contexte pour rafraîchir rapidement les mémoires trop engourdies. Henri IV est un enfant qui a reçu le baptême catholique, mais son éducation se fait dans la foi protestante. A cette époque, la majorité des français sont catholiques et c’est déjà là un véritable problème pour l’avenir de ce futur roi protestant. Quand le 18 août 1572, il épouse Marguerite de Valois, la fameuse reine Margot une descendante capétiennes comme il en existe encore, j’en connais, il abandonne le protestantisme mais il y reviendra plus tard. Bien sûr, le mariage d’un protestant et d’une catholique est un acte hautement politique dont le but est d’apaiser les tensions religieuses françaises, c’est un peu comme si Macron se séparait de Brigitte et qu’il décide d’épouser une jeune musulmane pratiquante et voilée pour calmer les tensions religieuses de notre époque. Hélas, quelques jours après son mariage, le jeune Henri roi de Navarre, qui n’a alors que 19 ans, voit l’embrassement tant redouté prendre forme à Paris. La tension religieuse est trop pressante et c’est le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy qui met Paris en sang le 24 août. Henri passera au travers du massacre des protestants mais sera convaincu de se convertir complètement au catholicisme. En attendant des jours meilleurs, il restera assigné à résidence à la cours. A peine un an après, Henri accompagnera le roi Charles IX pour faire le siège de la Rochelle, bastion protestant dont il fallait absolument se débarrasser. Là aussi, ce sera le bain de sang nécessaire pour couper la tête au monstre qui est en train de grandir, un peuple dans le peuple, un état dans l’état qui risquait s’ébranler la stabilité et la cohésion du royaume catholique de France.

Il lui faudra encore attendre dix-sept ans et l’assassinat du roi Henri III par un moine en 1589, avant qu’Henri IV ne puisse succéder à son beau-frère et être finalement couronné roi de France en 1594. Une lente accession au pouvoir suprême qui ne se fera pas sans heurts, sans guerres et sans complots dans cette France encore divisée par la religion et la politique, nombre de français et de nobles ne le reconnaîtront pas comme roi. Henri IV, après avoir été obligé de passer son temps à changer de religion pour le bien politique du pays, finira par abjurer la foi protestante un an avant son couronnement. Il fallait à tout prix abaisser les tensions qui ne cessaient de croître dans le pays entre les soutiens protestants et la majorité catholique qui refusait un roi protestant sur le trône de France. Les guerres s’apaiseront et Henri IV nous laissera le fameux Edit de Nantes en avril 1598 pour mettre fin aux tensions entre catholiques et protestants. Des histoires de conflits religieux qui nous rappellent combien cela ne relève pas du détail et combien la foi d’un peuple et les habitudes qui en découlent, conditionnent ce même peuple, son comportement, ses envies et ses alignements politiques. Comment, en ce jour anniversaire de l’assassinat de Henri IV, ne pas songer aux tensions religieuses qui habitent encore le monde et désormais la France. Deux religions sur un même sol a entraîné deux visions du monde, des conflits, des luttes intestines et des massacres inévitables, quand on lit entre les lignes et quand on garde en mémoire cette célèbre petite maxime, l’Histoire se répète, on ne peut que se soucier des temps à venir, échos proches d’un lointain passé tumultueux.

 

L’Histoire nous dit que le roi Henri IV était un bon vivant, on connait l’évocation de la poule au pot et les paroles qu’on lui prête : « Je veux que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche », on conserve en mémoire sa fameuse formule, « Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez au chemin de la victoire et de l’honneur », lancée à la bataille d’Ivry dans l’Eure. On se souviendra aussi qu’il était un homme à femmes, on ne compte plus ses conquêtes et ses amours : Marguerite de Valois, Diane d’Andouin, Gabrielle d’Estrées, Henriette d’Entragues, Louise de Maupéou, Charlotte de Montmorency, sans oublier bien sûr sa seconde épouse, la reine Marie de Médicis. Une carrière de séducteur bien remplie, mais qui se terminera mal. Tout le monde ou presque l’a conservé en mémoire, il finira assassiné à Paris au 8 rue de la Ferronnerie dans le 1er arrondissement. L’épisode de Ravaillac le fanatique catholique isolé est connu. Le roi est poignardé et il meurt de ses blessures à l’âge de 56 ans. Ravaillac sera écartelé en place publique. On évoque encore un complot possible, celui de son ancienne amante Henriette d’Entragues, une possible culpabilité de Marie de Médicis qui se retrouve régente à la tête du royaume jusqu’à ce que son fils Louis XIII soit en âge de régner. L’Histoire est encore floue sur la mort d’Henri IV et le débat reste ouvert. Le 14 mai 1610 restera donc en mémoire comme la conclusion d’une époque secouée par les rivalités religieuses dans un même pays, une époque de guerre civile dont il faut tirer les leçons. Voyez à présent ce que l’apprentissage d’une date peut avoir comme conséquences, qu’aurons-nous retenu ? Que le roi était un homme bien vivant et non pas une simple figure figée dans un livre d’Histoire, qu’il était séducteur, stratège, un guerrier qui affronta l’Espagne, la Bretagne rebelle et la Maison de Savoie dissidente, qu’il traversa une période capitale de l’Histoire de France qui entre en résonnance avec notre époque. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’Histoire et qu’il faut l’enseigner, il faut la faire vivre, lui rendre sa vivacité, l’entendre susurrer ou hurler à nos oreilles pour qu’elle vive encore en nous.