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Aujourd'hui, le 24 août 2023 - Quand les barbares firent chuter la grandeur de Rome
Les empires chutent, les civilisations s’effondrent ou se transforment, les peuples disparaissent ou se fondent dans une autre culture, serait-ce là toujours le même destin qui se répète à l’infini dans l’Histoire ou bien la machine à détruire les mondes pourrait-elle être maîtrisée? L’étude de l’Histoire et les sciences humaines comme l’archéologie nous enseignent comment certaines cultures disparaissent ou sont remplacées, elles nous parlent d’époques lointaines qui n’ont parfois laissé aucune trace écrite. D’autres évènements sont gravés dans le marbre et portés à la postérité par écrit, c’est le cas des époques plus récentes, c’est le cas par exemple de Rome, des grandeurs et des décadences de la civilisation romaine dont nous sommes les héritiers et c’est ainsi que nous connaissons avec assez de précision la fin de Rome, la fameuse chute de l’empire romain mis à mal par les invasions barbares. Il y a de cela 1613 années, la ville éternelle, celle qui avait été la lumière du monde civilisé durant l’Antiquité, subissait l’assaut d’un peuple venu de l’est, du 23 août au 27 août, les romains subirent le sac de Rome par les Wisigoths.
Rome et ses palais, Rome et son forum, Rome et ses temples, son cirque, ses théâtres, ses bains, Rome et son marché, ses aqueducs, ses ponts, Rome et sa muraille, un puissant rempart élevé tout autour de la ville à même de repousser l’ennemi d’où qu’il vienne. Oui mais voilà, pour repousser l’ennemi, il faut être fort, pour ne pas se faire dominer, il faut savoir rester à la fois puissant et vigilant. Puissante, Rome l’a été à un point tel qu’elle a dominé l’Europe et le pourtour méditerranéen de la plus belle manière, imposant son mode de vie civilisée et fondant un empire cohérent durant cinq petits siècles. Vigilante, la ville sublime, capitale de l’empire, elle le fut pendant les premiers siècles de son règne, puis le temps passant, l’empire s’étendant, le laxisme s’installant, la vigilance ne fut plus tout à fait une priorité. Vint alors le temps des premiers signes de l’effondrement. Rome ne fut plus la seule capitale, l’immense empire fut administré par plusieurs cités, Rome à l’Ouest puis Milan et Ravenne et Constantinople loin à l’est. Deux capitales, puis deux empereurs, bientôt deux modes de vie distincts. En 395, sous le règne de l’empereur Théodose 1er, c’est acté, à l’ouest il y aura l’Empire romain d’Occident, à l’est l’Empire romain d’Orient, autant dire le début de la fin du grand empire qui ne retrouvera plus jamais la splendeur du Ier et du second siècle après J.-C.

Etat de l'empire romain au Vème siècle
Le dernier siècle de l’empire est le siècle des invasions barbares. L’empire a longtemps été puissant et dominateur, la civilisation romaine réussissait à imposer son style de vie et sa culture tout en acceptant quelques particularités d’autres cultures tant qu’elles respectaient l’empereur et qu’elles ne mettaient pas en danger l’empire. L’expansion de l’empire fut saisissante, mais elle connut des limites. Les romains ne dépassèrent jamais la moitié nord de l’Angleterre qu’elle avait déjà bien du mal à tenir et ne s’aventura pas très loin à l’est en terre germanique où les barbares et leurs forêts denses se montraient retors, le limes germanique, la frontière ainsi nommée, était un point névralgique de l’empire. C’est bien de l’est que viendront plus tard les invasions barbares. Dès la fin du IVème siècle, Rome dut s’inquiéter de la progression de différents peuples : Goths, Vandales, Suèves, Alains, Burgondes, Francs, Huns ou Wisigoths. Autant de noms qui sont restés dans l’imaginaire collectif et parfois même dans le vocabulaire français, c’est ainsi que la Bourgogne tient son nom du peuple des Burgondes qui s’y installa au Vème siècle, se mélangeant au peuple présent et adoptant les mœurs et le christianisme de l’empire romain. Rome avait déjà considérablement péché en acceptant dans les rangs de l’armée un grand nombre de mercenaires venus d’un peu partout. Sans réel attachement à l’identité romaine d’origine, les peuples agglomérés n’avaient plus la vaillance et la culture romaine chevillées au corps, c’est un des éléments qui explique la dislocation de l’empire, ce n’est pas le seul, mais il fait partie des raisons de la chute de Rome.
Au début du Vème siècle, les romains avaient dû s’arranger avec l’ennemi, cédant ça et là des bouts d’un territoire devenu trop grand pour les capacités d’un empire déjà moribond, laissant par exemple le nord de la Gaule aux Francs. Ils avaient également pris l’habitude de repousser les invasions de l’est ou de céder sous la pression armée des envahisseurs. En 410, Rome n’en était pas à son premier sac, la ville avait déjà été attaquée et mise à sac des siècles plus tôt, en 390 avant J.-C. par les Gaulois eux-mêmes. L’occupation n’avait pas duré et les Gaulois étaient repartis chez eux après un pillage en bonne et due forme. En 410 de notre ère, au mois d’août, sous la chaleur accablante de Rome, un nouveau danger pointe alors son nez, d’autres barbares viennent semer la panique et piller la ville, cette fois, ce sont les Wisigoths, peuple des forêts venus de l’est de l’Europe et qui occupaient jusque là la Dacie (ancienne Roumanie), province autrefois romaine et délaissée par l’Empire, laissée aux Wisigoths par traité pour justement pacifier cette tribu belliqueuse. Cherchant des terres plus à l’ouest, les Wisigoths jettent leur dévolu sur Rome, connaissant la faiblesse d’un empire désormais facile à attaquer et à menacer, ils marchent tout droit sur la ville et le 24 août, ils sont devant les murs de la vieille cité. Les remparts élevés sous l’empereur Aurélien entre 271 et 275 ne suffiront pas à stopper la hargne des barbares, bien décidés à mettre la ville à sac. Sur fond de guerres de succession et d’intérêts politiques et stratégiques de différents protagonistes dont le général Stilicon, un barbare devenu romain ou Alaric le roi des Wisigoths qui réclame des terres pour son peuple, le conflit éclate et Alaric envoie ses troupes sur Rome fragilisée par son absence de garnison militaire permanente. Le barbare entre alors dans la cité par la porte Salaria aujourd’hui disparue. On parle d’un traître qui aurait ouvert la porte aux envahisseurs. Que voulez-vous, dans toute grande histoire, il y a toujours un traître qui laisse entrer les barbares, l’Histoire se répète sans cesse jusqu’à nos jours qui vivent bien des similitudes avec cette époque des invasions barbares. Comme à Rome à l’époque, les portes ne sont plus gardées, les murailles n’existent plus, le peuple ne connait plus d’unité culturelle et on ne compte plus le nombre croissant de traîtres capables de laisser entrer les barbares…

Pillage de Rome par les Wisigoths en 410 - Peinture par Thomas Cole (1836)
Si le roi des Wisigoths avait, parait-il, demandé à ses hommes d’épargner les femmes et de respecter les monuments religieux élevés en sanctuaires inviolables, force est de constater que les consignes n’ont pas été totalement respectées. Le sac de Rome n’a rien de romantique, une partie de la ville est brûlée, on pille les demeures des puissants, on détruit l’art et la culture en général, on tue les enseignants, on viole les femmes et on brûle les précieuses archives de la ville, documents qui manquent aujourd’hui pour retracer l’histoire précise de la vie dans la cité. Les barbares sont alors fidèles à l’image que l’Histoire gardera d’eux, sans pitié, sans respect pour la grande civilisation. Ils déferlent sur le monde comme une maladie contre laquelle on a pourtant un remède qui a fait ses preuves, force et cohésion, mais qui a été oublié depuis déjà trop longtemps. La sœur de l’empereur Honorius, lui-même resté dans la nouvelle capitale Ravenne, est enlevée par les Wisigoths lors du sac, Galla Placidia connaîtra un destin hors du commun, elle sera épouse de roi barbare, puis épouse d’empereur d’Occident et mourra quelques années avant la chute définitive de l’empire romain en 476.

Alaric, roi de Wisigoths entrant dans Rome (Vue d'artiste 1920)
Le sac d’août 410 par les Wisigoths va considérablement accélérer la chute de l’empire. Les notables fuient la ville, les riches et les moins riches abandonnent Rome, ils partent pour des provinces éloignées ou pour l’empire d’Orient où ils content leurs malheurs et leur désespoir. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et la ville ne se remettra jamais du dernier grand pillage. Quelques empereurs se succèderont encore, des souverains fantoches, sans pouvoir ou sans envie de gouverner, il n’y aura plus jamais un Auguste, un Marc-Aurèle ou un Constantin, aucun César ne reviendra pour sauver la cité, Rome est morte, l’empire s’est effondré et il ne renaîtra jamais complètement. Quelques siècles plus tard, Charlemagne, nostalgique d’un empire qu’il n’a pas connu mais qui est resté dans les mémoires, tentera pour la durée d’une vie humaine de faire renaître le grand empire. Napoléon rêvera de la même manière de Rome et de sa splendeur, mais l’empire romain est bel et bien mort au cours du Vème siècle, incapable de résister au délitement de l’empire, au désintérêt des élites, à la corruption, aux déferlement des barbares, ces nouvelles populations venues s’installer de force sur une terre qu’elles n’avaient pas fait croître. Les Burgondes, les Goths ou les Francs pour ne citer qu’eux, s’accultureront pourtant volontiers aux mœurs de l’empire, fascinés par un luxe et un mode de vie qui fascinaient les élites, ils iront jusqu’à se mêler aux gallo-romains et à se convertir au christianisme, imposé à l’empire par l’empereur Constantin au IVème siècle. Ces barbares là trouvèrent un mode de vie à adopter et une religion à respecter, ils finiront, après moult querelles, par fonder des royaumes qui deviendront les pays que nous connaissons aujourd’hui, le plus bel exemple restant celui des Francs auxquels notre pays doit son nom. Mourir, survivre ou se transformer, tel est donc le destin des empires et des civilisations. Aux romains, nous devons beaucoup, un puissant héritage, une langue latine, des plans de villes, un réseau routier, un droit, des arts, le goûts des jeux, autant de survivances de l’empire romain que l’on retrouve en France contemporaine et qui laissent à penser que le glorieux et puissant empire romain n’est pas tout à fait mort, il a survécu en se transformant, car les peuples qui lui ont succédé s’attachaient à le faire vivre encore un peu. Barbares ou envahisseurs, ceux qui ont déferlé sur Rome restaient fascinés par l’empire et au final, ils se sont acculturés car ils ne cherchaient pas à imposer un autre mode de vie. Ils finirent par parler la même langue et se convertir tous au catholicisme, une réflexion qui prend du sens à la lumière de notre époque où sont élevés en maîtres à penser le règne de l’individu et le multiculturalisme débridé. Les romains ont essayé un temps et cela a causé leur perte, méfions-nous de ne pas sombrer autant que l’empire sous les coups de butoirs des barbares qui ne chercheront pas à se convertir aux mœurs et à la religion historique ou à perpétuer l’usage du français…L’Histoire se répète, c’est pourtant connu.