L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.

 

Culture, société, science, suivez mon humeur sur le blog

 

N'hésitez pas à laisser vos commentaires!

Aujourd'hui, le 20 février 2021 - Quand l'art habitait aussi l'automobile

 

L’art prend les formes classiques que nous lui connaissons et que nous admirons tant, c’est peut-être dans la nature humaine d’apprécier et de reconnaître le beau, c’est également culturel car le beau d’ici n’est pas forcément le beau d’ailleurs. Je ne crois pas forcément à la beauté artistique universelle, sinon tous les peuples du monde auraient peint La Joconde et tous les peuples du monde apprécieraient autant l’art asiatique que l’art de la Renaissance italienne. Or, nous l’avons tous entendu lors de conversation entre amis, quand certains resteront toujours de marbre devant une pagode japonaise, d’autres se damneraient pour aller les admirer in situ. Une chose est pourtant certaine, l’art s’exprime parfois là où le classicisme qui le caractérise ne nous entraîne pas a priori. L’Italie, ses merveilles naturelles, sa cuisine délicieuse, ses arts antiques et modernes, tout un sublime patrimoine et tant de facettes à découvrir. L’Italie et ses voitures, une nouvelle forme d’art typique du XXe siècle qu’il ne faut pas négliger.

 

Le 20 février 1993 décédait l’un des maîtres, un maestro de l’automobile, il aura fait rêver avec ses incroyables créations et aura entretenu pendant plusieurs décennies une rivalité dans la course à l’excellence avec l’autre maestro italien, Enzo Ferrari. Cette année-là, à soixante-seize ans, Ferruccio Lamborghini disparaissait, laissant derrière lui un patrimoine mécanico-artistique époustouflant. On peut ne pas aimer l’automobile pour ce qu’elle représente aujourd’hui, on peut considérer qu’elle a été nocive, génératrice de mort, de pollution et qu’elle possède en plus cette particularité que nous détestons tous, la capacité à créer des embouteillages. On peut juger que ses heures sont comptées et que l’avenir n’est plus à la mobilité individuelle, qu’il s’agit là d’un symbole décadent d’une époque révolue, d’un résidu de l’expression de la réussite sociale, de l’incarnation de l’égo masculin (ou féminin car de nombreuses femmes apprécient encore se choisir une voiture qu’elles aiment, il y a donc bien ici un choix émotionnel). Oui, on peut dire tout cela et peut-être que les temps futurs emporteront l’automobile dans les livres d’Histoire, peut-être même qu’elle continuera longtemps à être mal jugée et diabolisée pour ses erreurs passées, mais il ne faudrait pas lui ôter ce qui parfois l’incarnait parfaitement, sa beauté artistique.

 

Bien sûr, les premières décennies de l’aventure automobile terminées, les voitures devinrent rapidement utilitaires et d’un design banal ; l’Europe abandonna assez rapidement la recherche artistique et la beauté au profit de la production de masse et de l’économie! Les américains eux, forts de leur démographie, de leur pétrole et de leurs richesses, y ont vu pendant encore des années le symbole de la réussite sociale et celui de la recherche esthétique livrant au monde de modèle au design exceptionnel. Plymouth, Dodge, Corvette et Cadillac ont habité l’imaginaire du monde de l’automobile pendant la seconde partie du XXe siècle, profitant de l’impérialisme culturel américain pour imposer sa part de rêve au autres cultures. C’est évident, l’automobile était une composante du fameux rêve américain.

Mais celles qui ont livré les joyaux les plus exceptionnels, les pierres les plus précieuses, les œuvres les plus magistrales de l’automobile, ce sont bien ces quelques italiennes qui ravirent le monde par leur folles lignes. Lamborghini nous a laissé des pièces inoubliables, modèle Muira ou Jalpa, mais celle qui me marquera sans doute toute ma vie, celle que j’ai toujours considérée comme le joyau italien par excellence, comme la reine des reines, comme la plus belle expression de l’art dans l’automobile, c’est la Lamborghini Countach. Rendons hommage à la fois à Lamborghini mais aussi à l’ingénieur Marcello Gandini qui a participé à l’élaboration de cette perle rare. Cette voiture a marqué son époque, elle est devenue le symbole de la puissance racée et elle a fait carrière dans le monde entier. Ses lignes futuristes étaient tout simplement hors du commun pour l’époque. Cette voiture est sortie en 1974, c’était une révolution esthétique et elle demeura le symbole de l’aboutissement de l’art dans l’automobile pendant plusieurs décennies.

 

Alors oui, c’est vrai, ces voitures ont pollué, c’est sans doute vrai qu’elles ont tué et qu’elles tuent encore, mais l’art classique n’a jamais fait mieux…la construction des pyramides égyptiennes a tué, la mise en place du Colisée romain a scellé fatalement le destin de milliers d’innocents, l’édification des cathédrales a épuisé ses bâtisseurs, ils n’en restent pas moins que ce sont des œuvres essentielles à la beauté du monde. Je continuerai toujours à penser que l’Homme a créé des merveilles comme la Countach pour qu’on puisse rêver et les admirer comme on admire Le Sacre de Napoléon au Louvre ou le Parthénon à Athènes. Ces voitures devenues mythiques ne le sont pas devenues sans raison, elles incarnaient parfaitement la part de rêve qui anime beaucoup d’entre nous. Si elles devaient être les dernières d’une époque qui disparait, si l’art ne s’exprimait plus dans l’automobile, j’espère que ces œuvres-là resteront reconnues comme un patrimoine exceptionnel, présentées pour les plus belles d’entre elles comme des pièces de musée, montrant de quoi l’humanité est capable quand il s’agit de créer du beau.