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Aujourd'hui, le 20 mai 2021 - Palmyre, quand le patrimoine fut menacé
Les ruines, les sites archéologiques, temples, villes, ponts ou statues, autant de patrimoine laissé par ceux qui nous ont précédé sur la planète et dont nous sommes les héritiers, gardiens des précieux témoignages de l’Histoire du monde et de la civilisation. Je suis toujours fasciné par la découverte d’un site archéologique qui me transporte dans un lointain passé, une machine à remonter le temps pour goûter un peu d’une époque disparue qui au final, ne laisse que peu de traces matérielles. La préservation des monuments historiques devrait être une priorité absolue, combien de sites médiévaux, combien d’églises tombent ou menacent de tomber en ruines sans une intervention humaine, et c’est l’occasion de saluer au passage toutes les associations locales qui sauvegardent le patrimoine. C’est évidemment le sort naturel des traces d’anciennes civilisations que de disparaître un jour, rien n’est éternel, mais il faut tout faire pour les préserver le plus longtemps possible et surtout, il faut faire en sorte de les protéger des destructions volontaires, simple vandalisme ou destruction programmée par des groupuscules de tout poil. En ce jour du 20 mai, Palmyre souffre toujours des cicatrices laissées par Daech et qui sait quelle ruine archéologique sera la prochaine cible de la furieuse haine d’extrémistes religieux.
Le 20 mai 2015, l’organisation de l’Etat islamique entrait dans la ville de Palmyre et bientôt, il s’en suivrait massacres humains et destructions des vestiges archéologiques. Palmyre existait avant l’implantation gréco-romaine, c’était une petite ville à l’âge du Bronze, bâtie dans l’actuelle Syrie, au sud du mythique fleuve Euphrate. Les ruines que nous connaissions avant les saccages de Daech devaient leur splendeur aux Romains. Avant cela, les Araméens s’étaient installés ici profitant des sources d’eau pour bâtir une première cité, c’était 1000 ans av. J.-C., puis après les conquêtes d’Alexandre le Grand, l’antique Palmyre s’était familiarisée avec la civilisation grecque. La cité stratégiquement construite dans le désert pour en faciliter sa traversée, était donc un point de passage important pour les caravaniers. Mais c’est bien aux romains que nous devions les magnifiques ruines archéologiques de Palmyre. Marc Antoine entra à Palmyre en 41 av. J.-C. pour prendre possession du territoire, mais ne trouva qu’une ville abandonnée par ses habitants partis se réfugier plus au nord, il faudra attendre quelques courtes années encore et le règne d’Auguste, premier empereur, pour que la ville devienne à part entière une cité romaine et comme toutes les cités romaines, elle sera moderne et standardisée dans son plan architectural. Tout ce qui caractérise une ville romaine se trouvera à Palmyre, des axes de circulation, decumanus (axe est-ouest) et cardo maximus (axe nord-sud) seront tracés pour faciliter la circulation et commencer l’aménagement urbain de la nouvelle Palmyre romaine (de tels axes ont été tracés dans un grand nombre de villes françaises). Bien sûr, tout ce qui fait le symbole urbain de l’empire Romain sera présent : forum, temple, nécropole, théâtre, arcs de triomphe, un univers bien connu car nous en sommes aussi les héritiers, Rome avait dressé autant de villes de ce style dans toute l’Europe, y compris en France. Il suffit de pousser le voyage à Lyon pour son théâtre, à Orange pour son arc de triomphe et son théâtre, à Nîmes pour ses arènes et son splendide temple, bijou antique ou encore à Saint-Rémy-de-Provence qui abrite les ruines de la cité de Glanum pour en voir encore les merveilles et comprendre l’ampleur de la civilisation romaine, l'apothéose se trouvant à Rome. Vraisemblablement, en Europe, les sites archéologiques ne sont pas encore menacés par des groupuscules religieux, mais ils peuvent être les victimes d’êtres mal intentionnés. Du vandalisme qui passe pas la destruction, le vol ou les incendies de bâtiments; plusieurs églises ayant été incendiées ces dernières années, il ne serait pas impossible d’y voir un signe avant-coureur d’attaque contre le patrimoine. Il faut donc a minima s’en offusquer…

Vue du site de Palmyre avant l'attaque de Daech.
Ce qui est certain, c’est que la Palmyre romaine, impie aux yeux des djihadistes ravageant tout sur leur passage, devait être saccagée pour effacer le plus de traces de son existence préislamique. Ce n’était hélas pas la première destruction à laquelle le monde assistait, les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, gigantesques statues taillées dans la roche à l’effigie du Bouddha ont fait les frais de la violence destructrice des talibans en mars 2001, disparaissant à jamais, réduites en poussière par les explosions. Palmyre eut cette chance de ne pas être totalement détruite, mais c’est un sursis fragile… En ce jour anniversaire de la tentative de destruction de Palmyre, il est bon de ne pas oublier que le patrimoine légué par ceux qui nous ont précédé, fait partie intégrante de notre ADN, il est notre héritage et celui que nous devons laisser à nos descendants, il est la preuve que nous sommes en possession d’un héritage civilisationnel, d’un patrimoine précieux à transmettre dont nous ne sommes pas détachés puisque nous y sommes enracinés et c’est en cela qu’il doit être préservé. La prochaine fois que vous visiterez un château fort ou une ruine antique, songez à ceux qui vous ont précédé, fermez les yeux quelques instants, voyagez dans le temps, marchez dans leur pas et songez à ce que serait un monde sans aucune trace du passé. Est-ce ce que nous voulons ?
