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Aujourd'hui, le 17 février 2021 - Le destin de Giordano Bruno ou quand l'apostasie finit dans les flammes du XVIIe siècle naissant.
Cette chronique est dédiée aux combattants de la liberté d'expression.
Quand la religion détient le pouvoir, elle est sans pitié. Ce n’est pas une citation classique, c’est un simple fait qui se répète sans cesse dans l’histoire du monde. Chaque époque subit ce genre de problèmes et chaque fanatique trouve un peuple à tyranniser quand il se nourrit sur le terreau de la croyance mystique et fantastique, fondement des religions qui ne reposent que sur des croyances aucunement plus légitimes que celles issues de la fantaisie ou du merveilleux tant appréciés aujourd’hui. Croire en Jésus Christ, en Ganesh, en Allah, en Bouddha ou en Moise, n’est ni plus crédible ni plus sérieux que de croire en Zeus, en Odin, à l’existence de la Terre du Milieu de Tolkien, aux kami japonais, aux loups-garous ou encore aux vampires. Ce n’est pas inutile de le rappeler, une religion aujourd’hui établie et respectée, n’est qu’une secte et une croyance mystique qui a gagné la bataille du temps et du nombre, rien de plus. La plupart du temps hélas, ces croyances s’immiscent dans la vie et le quotidien des peuples pour le meilleur et pour le pire, mais bien sûr pour leur rappeler une ligne de conduite, une seule, la plus vertueuse, la plus pure, pour lui rappeler l’orthodoxie à respecter sous peine de sanctions terrestres et divines. Quoi de mieux que de s’en prendre aux dissidents que de les effrayer, de les ostraciser, de les menacer. C’est une vielle technique de guerre, éliminons une tête pensante, le temps qu’une autre repousse, la doctrine aura bien le temps d’étendre ses ramifications et de donner le bon exemple à suivre au plus grand nombre. Quelle plus belle démonstration que celle de la terreur, de la douleur et de l’effrayante punition que reçoivent ceux qui oseraient remettre en question l’ordre religieux établi.
Un 17 février, un homme mourut dans d’atroces circonstances, léché par les flammes du bûcher, sa peau s’enflamma, se boursouffla, puis brûla emportée par les flammes de l’Enfer auquel il était promis, enfin elle fondit jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’humain en lui. C’est le tableau de la sinistre réalité des bûchers anciens et modernes. En 1600, à Rome, au Campo de’ Fiori, cette place devenue si plaisante et typique aujourd’hui, un homme et son hérésie étaient livrés nu aux flammes, la bouche soigneusement clouée pour l’empêcher de parler une dernière fois, de blasphémer encore, de remettre en question le bien fondé d’une théorie mystique. Bien sûr, l’Eglise romaine n’aura pas versé une seule goutte de sang dans cette affaire, laissant les autorités séculières se charger de l’exécution de l’hérétique en question, du dissident, du philosophe, du scientifique Giordano Bruno, ce frère pourtant croyant, de l’ordre des dominicains. Son appartenance à l’ordre des Prêcheurs ne l’a pas aidé, qui l’aurait pu ? L’héliocentrisme de Copernic dont il reprenait les travaux, convaincu que la Terre n’était pas le centre de l’univers, était déjà une théorie sulfureuse entre les mains d’un laïc, mais passée entre celles d’un frère croyant, cela allait évidemment trop loin pour la religion et son tribunal d’Inquisition. Que dire des idées totalement farfelues et dangereuses défendues par Bruno d’un univers sans limite, habité par une infinité de monde qui ressembleraient à la Terre. La Renaissance avait beau être passée par là, ses retentissements et ses avancées n’étaient pas encore assez enracinés dans la culture européenne pour calmer les ardeurs de la religion qui souhaitait conserver son pouvoir et son emprise acquis depuis plusieurs siècles déjà. D’après les archives et les recherches historiques, Giordano Bruno aurait pu s’en sortir, il en a fallu de peu, mais ce qui le conduisit vers la mort par les flammes, ce fut surtout son apostasie. Renoncer publiquement au dogme et sortir de la croyance en la doctrine religieuse dominante de son temps, cela signa son arrêt de mort. Le Pape Clément VIII lui-même fit pression auprès de la République de Venise où Giordano Bruno venait d’être acquitté après un procès de huit ans, pour l’extrader, le faire revenir à Rome et le juger définitivement. On échappe difficilement à son époque…
« Je ne crains rien et je ne rétracte rien, il n'y a rien à rétracter et je ne sais pas ce que j'aurais à rétracter », voila ce qu’aurait répondu Giordano Bruno au pape qui lui demandait de se rétracter pour acheter sa grâce. Difficile d’imaginer un tel courage, une telle abnégation quand on sait que le bûcher n’est plus très loin et qu’une simple déclaration, quelques excuses, un renoncement à sa liberté de penser peut nous sauver la vie. La liberté de pensée, la liberté d’expression, voilà le combat de Giordano Bruno identifié parmi tant d’autres, on lui reprocha son libre arbitre, on jugea son humanisme érasmien, on poursuivit son athéisme et on le condamna pour son apostasie et sa liberté de penser, une liberté d’expression qui le mena jusqu’à la mort. Si vous allez un jour à Rome et que vous flânez sur le Campo de’ Fiori, pointe sud du triangle formé par la célèbre Piazza Navona et le divin Panthéon, ne manquez surtout pas d’aller rendre un hommage à la statue de Giordano Bruno au centre du Campo. Ce penseur, philosophe et scientifique, mort pour sa liberté de penser, mérite bien qu’on réveille sa mémoire quelques instants pour l’honorer et le faire vivre encore.
