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Aujourd'hui, le 13 mai 2021 - Il y a 60 ans, Coop s'éteignait...


 

Le Montana et ses vastes étendues sauvages, un univers à part entière qui incarne parfaitement l’Ouest américain d’avant la conquête, la Frontière comme disent les américains. Quand je m’y suis rendu, que j’ai parcouru les routes de l’état, que j’ai visité les villes fantômes comme Bannack, je n’ai pu m’empêcher de rêvasser aux pionniers qui, bien avant moi avaient ouvert des pistes pour pénétrer toujours plus loin à l’ouest. Il y a avait des français parmi eux, il y avait beaucoup de français parmi les explorateurs de l’Amérique du Nord, même s’ils ont été depuis longtemps oubliés car nous avons perdu l’Amérique... Pourquoi croyez-vous que l’on retrouve autant de noms français dans les villes des Etats-Unis. Détroit, LaFayette, Clemenceau, Bel Air, Belmont et Montpelier, plusieurs Paris, Des Moines, Bâton-Rouge, La Nouvelle-Orléans ou encore la ville de Havre dans ce même Montana, autant de noms français donnés par des compatriotes qui partaient conquérir le monde. Une part d’histoire qui mérite d’être conservée dans nos souvenirs. Mais pour aujourd’hui, si je vais bien rester au Montana, c’est pour rendre hommage à un américain qui n’est pas d’origine française, c’est un anglo-saxon, ses parents étaient tous deux britanniques et lui-même, s’il est né à Helena capitale du Montana, a passé une partie de son enfance en Angleterre. On le surnommait Coop, c’était la star du cinéma américain des années 30 et des années 40, il s’agit de Gary Cooper.

 

 


 

 

Il est né le 7 mai 1901, nous ne sommes pas loin de son anniversaire et il est décédé il y a soixante ans aujourd’hui, le 13 mai 1961 à l’âge de 60 ans. Curieuse fatalité que celle des acteurs de cette génération qui souvent ne dépassaient pas 60 ou 70 ans, il faut dire qu’ils ne se ménageaient pas, je ne crois pas exagérer la légende en disant qu’ils fumaient tous (ou presque) comme des pompiers et qu’ils n’étaient pas les derniers à descendre des verres de whisky, ajoutons à cela une médecine qui n’était pas celle des années 2020 et il n’est plus étonnant de voir les acteurs et réalisateurs de cette époque décéder précocement au regard de notre espérance de vie actuelle. Mais ce n’est ni l’alcool ni les cigarettes qui emporteront Cooper mais une autre maladie. 1961, c’est loin cela commence même à faire très très loin quand personne ne transmet le patrimoine culturel mondial à ses descendants. Parmi les jeunes générations, qui se souvient vraiment de Pierre Fresnay, de Bette Davis, de Victor Fleming, d’Albert Préjean ou donc de Gary Cooper à part quelques cinéphiles, mais je pourrais dire que ceux-là ne comptent pas vraiment, ils ne représentent pas la majorité des peuples et se réduisent comme peau de chagrin au fur et à mesure des années. La transmission culturelle est pourtant essentielle à la compréhension de notre Histoire, pour savoir d'où nous venons, l’art revêt une importance capitale dans notre construction mentale et je suis toujours affligé de constater les maigres connaissances de mes contemporains sur ce sujet. Devrais-je vraiment m’étonner ? La grande Histoire elle-même est malmenée et désintéresse souvent les gens, je ne devrais donc nullement être surpris que le patrimoine artistique ancien, même populaire, finisse dans les puits sans fond de l’amnésie collective. Il faut s’appeler Chaplin ou Marilyn pour passer les générations et encore, pour combien de temps ?Le basculement culturel que nous vivons depuis quelques années amplifie ce phénomène d'amnésie et il y a en vérité peu de chances que la machine ne s’inverse pour redonner aux peuples le goût de l’ancien, les coups du boutoir de l’actuelle culture populaire sont trop violents, trop incessants, trop soutenus par les médias pour ne pas achever la mémoire collective. A mon sens, c’est aussi cela la Cancel Culture, en ne transmettant pas le patrimoine culturel qui nous a précédé, on procède à sa disparition, on l’organise pour mieux le faire oublier, on s’en débarrasse comme d’un élément gênant, et parfois on va même jusqu’à le montrer du doigt en le désignant comme un ennemi à abattre pour en finir avec le passé. Même les chefs-d’œuvre ne sont pas épargnés, voyons ce qui arrive à Autant en emporte le vent malgré sa postérité qui le rend peut-être même davantage dangereux aux yeux de ses détracteurs.

 

Justement, Gary Cooper a failli jouer dans ce film inoubliable, il refusa le rôle de Rhett Buter qui sera finalement incarné par l’autre star de l’époque Clark Gable, pensant tout simplement que le film allait être un échec cuisant. Sur ce coup, on peut dire que notre ami Cooper manquant sévèrement de vision artistique, quelle aura incroyable cela lui aurait conféré, traversant plus facilement le siècle et conservant une petite place dans la mémoire populaire, au lieu de finir oublié (ceci dit, aux USA, évidemment, il demeure une figure très connue). Cette erreur stratégique n’empêcha pas Cooper de faire une fabuleuse carrière avant et après ce film. Il tourna dès les années 20, c’était un fameux cavalier (il avait grandi au Montana !), il débuta comme cascadeur et finit par trouver de vrais rôles dans des films alors encore muets. Oui, dans ces années-là les films muets ravissaient les spectateurs… En 1929, il devient la star qu’il restera toute sa vie durant en jouant un cowboy dans son premier film parlant, Le Virginien de Victor Fleming qui justement réalisera Autant en emporte le vent dix années plus tard. Gary Cooper a eu la chance de tourner dans de nombreux films d’avant le code censeur américain, le fameux code Hays, il faut le voir dans Sérénade à trois de Lubitsch dont j’ai déjà parlé ou encore dans  Les Carrefours de la ville  ou dans L’adieu aux armes. Il sera oscarisé deux fois, assez tardivement, dans

Sergent York en 1942 et dans Le train sifflera trois fois en 1953. Un troisième oscars lui sera décerné en 1961, quelques semaines seulement avant sa mort. Ce sera son ami James Stewart visiblement très ému qui le recevra pour lui, lui adressant à l’occasion un message d’affection et de profonde admiration. Avec Gary Cooper, ce sera un peu de l’âge d’or hollywoodien qui s’éteindra, d’autant plus que Clark Gable l’avait précédé quelques mois plus tôt en mourant à l’âge de 59 ans en novembre 1960.

 

 

 


 

 

92 films, c’est le nombre impressionnant de productions dans lesquelles Gary Cooper aura joué en trente-cinq ans de carrière. Il aura incarné l’aventurier, l’amoureux, le monsieur tout le monde, le soldat et bien sûr le cowboy. Il aura fait sourire, il aura séduit les plus jolies actrices de l’époque, les spectateurs auront tremblé pour lui, il aura même joué avec notre célèbre Maurice Chevalier (enfin, si quelqu’un s’en souvient…) ! C’était un acteur complet au talent immense, il possédait un exceptionnel charisme à l’écran qui le conduisit vers le statut de star hollywoodienne internationale qu’il ne perdit jamais. Gary Cooper, de la bouche des spectateurs de l’époque, c’était l’acteur qui pouvait nous emmener n’importe où sans que l’on se pose la moindre question. Bien sûr, il n’a pas que des chefs-d’œuvre dans sa filmographie, mais aucun n’acteur ne peut se targuer d’une telle prouesse. Revoir Les trois lanciers du Bengale,  L’extravagant Mr Deeds ou encore Vera Cruz me semble être la moindre des choses pour honorer la mémoire de Gary Cooper qui contribua fortement au septième art avant qu’il ne sombre, depuis quelques années dans le marasme le plus total.