L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.

Culture, société, science, suivez mon humeur sur le blog
Aujourd'hui, le 22 mai 2021 - Georges Rémi vous entraîne dans ses aventures...
Connaissez-vous Georges Rémi ? Je vous assure il est plus que connu, c’est une célébrité mondiale, sur la planète toute entière ou presque les gens le connaissent, ceci étant dit, à votre décharge, si vous n’êtes ni un fan ni un spécialiste de son œuvre, vous le connaissez sous un autre nom car il a utilisé un pseudonyme pour faire carrière. Et quelle carrière ! Peu d’artistes arrivent à ce niveau de gloire mondiale de leur vivant et le concernant, ce fut bien le cas même si son travail a pris encore davantage d’ampleur depuis qu’il est décédé le 3 mars 1983. Allez, quelques indices pour vous aider. Il était francophone, il aimait tellement dessiner qu’il en a fait son métier, il a inventé un duo d’aventuriers si célèbre qu’il continue à occuper la culture populaire du XXIe siècle alors que ses premières œuvres furent créées dans les années 30…Vous séchez ? Vous n’avez pas d’idées ? Si je vous dis qu’il est belge et que son couple de héros est composé d’un jeune garçon toujours accompagné de son petit chien, cette fois je suis certain que vous allez deviner. Pour recomposer son identité artistique, il suffit de prendre la première lettre de son prénom et de son nom, de les inverser et le tour est joué. George Rémi se transforme alors en…Hergé.
Bien sûr, pour l’essentiel, le public connait Hergé pour sa création la plus emblématique, celle qui a fait le tour du monde et qui est
traduite en cent langues, Les aventures de Tintin et Milou, les deux compères qui parcourent le monde pour résoudre enquêtes et mystères faisant découvrir aux lecteurs les cultures du monde par l’intermédiaire du coup de crayon d’Hergé. Ce fameux dessinateur belge est né le 22 mai 1907 et pour avoir bercé l’enfance des millions de gens, il méritait bien un coup de projecteur en ce jour anniversaire de sa naissance. Tintin, si son allure restera éternellement celle d’un jeune adulte, n’est plus tout jeune, il a été créé en 1929 vivant ses premières aventures dans le journal belge Le Petit Vingtième. Tintin s’est longtemps cherché avant de trouver sa forme définitive et Hergé a repris un personnage qu’il avait déjà créé pour le transformer définitivement en Tintin, reporter aventureux. Le personnage s’appelait Totor à l’origine, il est apparu en 1926, c’était alors un jeune boy-scout belge, Hergé reprendra la structure physique de son personnage pour faire naître le jeune Tintin. Certaines planches de Totor évoquent naturellement d’autres que nous retrouverons plus tard dans les aventures de Tintin. Si Totor était scout, c’est qu’Hergé l’était lui-même et si Tintin est un journalise, c’est tout simplement parce que son créateur l’était également au moment de son invention, nous ne sommes souvent jamais mieux inspirés que par notre propre vie et notre imaginaire en découle. Il y aura une vraie évolution entre les deux créations, dans Totor il n'y a pas de phylactère, plus communément appelé les bulles, l'aventure est narrée dans des cases sous les dessins. Les bulles avaient fait leur apparation dans les comics américains, comme The Yellow boy et The Katzenjammers Kids (Pim Pam Poum en français) dès 1894.

Planche des aventures de Totor.
Les indiens évoquent ceux de Tintin en Amérique
Ah Tintin, que de périples nous avons vécus avec ce jeune aventureux que rien n’arrête, qui a soif de justice et de vérité, il est l’archétype du jeune héros exempt de défaut, il est brave, c’est un fonceur, il risque sa vie pour les autres et il ne se pose que peu de questions sur le destin qui l’attend. A ses côtés, d’autres personnages sont plus torturés, moins lisses. Notamment son compagnon d’aventures, le capitaine Haddock qui est un râleur invétéré, un bourru impulsif qui aime un peu trop la bouteille et qui se demande souvent s’il est bon ou non de se lancer dans telle ou telle aventure, c’est le pendant de Tintin, tout comme dans son genre l’est Milou, car même le chien se pose de temps en temps des questions existentielles sur la marche à suivre. Tintin se contente de foncer dans la vie pour faire le bien et bien sûr, c’est un héros donc il s’en sort toujours et c’est en vérité ce qui nous plait. Dans ses aventures, il nous fera rencontrer toute une gallerie de personnages savoureux, Haddock bien sûr, mais aussi Tournesol dont la style est inspiré du savant français Auguste Piccard. Dupond et Dupont, Nestor, Tchang, La Castafiore, Zorino ou Rastapopoulos égayeront les folles aventures de Tintin.


Piccard, modèle pour Tournesol.
Nous avons tous nos préférés parmi les albums de Tintin et c’est souvent le reflet de notre personnalité. J’aime L’étoile mystérieuse, Les sept boules de cristal, Le secret de la Licorne ou encore Objectif Lune, bien sûr j’en apprécie d’autres mais ceux-là ont ma préférence. Il y en a pour tous les goûts dans Tintin, ceux qui cherchent davantage de politique ou de lutte contre les injustices préfèreront Tintin au Tibet ou Les bijoux de la Castafiore, ceux qui s’enthousiasment pour les intrigues et les enquêtes aimeront sans doute Tintin au pays de l’or noir et L’affaire Tournesol. Bien sûr, comment parler de Tintin sans évoquer les attaques contre l’auteur et ses prétendues positions racistes. Tintin en Amérique et surtout Tintin au Congo en sont régulièrement les victimes. On pourrait balayer ses attaques grotesques d’un revers de la main et ne pas en faire cas, mais il est toujours utile de rappeler que la vision coloniale développée dans Tintin au Congo est juste le reflet de son époque puisque l’album date de 1931, époque à laquelle le Congo Belge était une réalité politique, tout comme l'était la chasse aux animaux sauvages. Taxer Hergé ou Tintin de raciste ou d'assassin d'animaux n’a aucun sens (même si ce n'est pas ce détail écologique qui fait le plus parler aujourd'hui, soyons lucides). C'est oublier bien vite que dans Tintin au Tibet, le jeune reporter prend la défense des opprimés, à savoir les tibétains, c’est un album ouvertement politique, c’est oublié également que dans Les bijoux de la Castafiore, Tintin et Haddock prennent la défense des Tziganes.

La tristement déjà célèbre Cancel Culture tape partout où elle peut mais, pour rappel, ce n’est pas nouveau. Peu nombreux sont finalement les gens qui auront gardé en souvenir que des associations scandinaves pour la défense des animaux avaient fini par convaincre Hergé de redessiner ses planches concernant la chasse et que de toutes les versions de Tintin dans le monde, seules les versions française et néerlandaise présentent encore la planche d'origine. Alors oui, Tintin chassait à l'époque, comme tout le monde pourrait-on dire... Et pour se rafraîchir totalement la mémoire, il est bon de se souvenir que lorsque Tintin fut adapté en série télévisée en 1991 pour une diffusion sur France 3, la société de production a refusé d’adapter un album en série animée, un seul. Lequel ? Tout simplement Tintin au Congo. Déjà à cette époque, on désignait ouvertement cet album comme…la bête noire. Quant à Tintin en Amérique, s’il a été adapté, il fut considérablement remanié pour l’occasion. Quoi qu’il en soit, si elle reste agréable à suivre, cette série animée édulcore l’œuvre originale en supprimant des scènes dramatiques ou supposées violentes. La télévision est percluse de tares et ce n’est pas d’aujourd’hui…

A gauche la planche d'origine, à droite celle redessinée par Hergé en 1975.
Laissons aux petits esprits ces stupides polémiques anachroniques, mais élevons-nous contre elles pour qu’elles ne s’installent pas durablement dans l’esprit des gens. Tintin est colonial comme l'est le Tarzan, l'homme singe de 1932, rien de plus, surtout pas de quoi en faire un coupable que l'on devrait interdir de publication. Tintin nous aura fait voyager, il nous aura fait rêver, il est le bon compagnon que nous aimerions suivre au bout du monde pour vivre avec lui mille aventures puisque nous lui faisons confiance et que nous savons pertinemment qu’il nous tirera toujours d’un mauvais pas, des griffes du condor, des mains des gangsters ou des pattes velues du Yeti. Tintin nous emportera jusque dans l’espace à bord d’une fusée capable de décoller et de revenir sur Terre, à l’instar des actuelles fusées de SpaceX. Où n’irions-nous pas avec ce jeune aventurier ? Hélas, il faut se contenter des vingt-trois aventures complètes laissées par Hergé en cinquante ans de carrière. Mon seul regret pour ce brave Tintin, c’est qu’il ne se soit jamais trouvé la moindre fiancée au cours de sa longue existence, il est et restera toujours ce jeune garçon célibataire que rien ne détourne du droit chemin, même pas les beaux yeux d’une jolie fille. Mais comment aurait-il pu s’attacher avec une pareille vie ? A coup sûr, une madame Tintin à la maison nous aurait privé de toutes ses fabuleuses aventures, c'eût été bien dommage...

Hergé au travail.
Et pour finir cette chronique, faites votre choix dans les albums de Tintin et commentez pour dire lesquels sont vos préférés!
