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Aujourd'hui, le 13 février 2021 - Et le Cinématographe prenait son envol
Les arts, que ferait-on sans eux ? Comment l’humain aurait-il pu se passer de ces inutiles petites choses pourtant tellement essentielles dans la vie de tout un chacun. Certains pensent parfois que l’art est réservé aux connaisseurs, aux initiés, aux élites mais ils oublient souvent que l’art les entoure en permanence et berce leur vie depuis leur plus tendre enfance. L’architecture nous émerveille et nous permet d’ouvrir une fenêtre temporelle sur un passé disparu, la sculpture nous fascine dès que nos yeux se posent sur une œuvre du Bernin ou de Michel Ange, la peinture nous offre la vision unique de l’artiste, la musique nous enivre ou nous donne envie de danser dès que des notes de Mozart ou de Michael Jackson résonnent à nos oreilles, la poésie chavire nos cœurs et nos sens, elle nous propose un nouvel angle du vue sur le monde et la danse réunit souvent les corps, réveillant ainsi d’autres sensations. Voici traditionnellement les six premiers arts auquel vient s’ajouter celui sans lequel nous aurions bien du mal à vivre aujourd’hui, le cinéma, le septième art.
Si Thomas Edison était passé par là avec son kinétographe il faut bien le reconnaître, c’est le 13 février 1895 que fut déposé le brevet pour l’invention du Cinématographe de Louis et Auguste Lumière qu’on ne présente plus, ils furent aidés dans leur entreprise par l’ingénieur Jules Carpentier un polytechnicien à qui l’on doit moult inventions. Ah le cinéma, le jeune cinéma qui si peu de temps après son exploitation commerciale, offrit les premiers véritables chefs-d’œuvre qui réussirent à mêler subtilement l’art et la distraction : l’inventif Le mécano de la Générale dès 1926, le futuriste Metropolis en 1927, le poétique Les Lumières de la ville en 1931, l’incisif Les temps modernes en 1936, l’enchanteur Le Magicien d’Oz en 1939, l’inoubliable et grandiose Autant en emporte le vent la même année. Tour à tour, le cinéma fut muet et en noir et blanc, puis parlant et toujours sans la couleur qui finit par s’inviter sur la pellicule. Il changea de format au cours de son aventure, du bon vieux 4 de nos télévisions à tube cathodique, il s’offrit plus de place sur l’écran et se transforma en une vision panoramique en 1953 avec le premier film dans ce format, La Tunique du réalisateur Henry Koster.
Son évolution se poursuivit lentement, mais ce n’est que depuis quelques années que de nouvelles révolutions sont arrivées, les images de synthèse, les tournages en 3D et les tournages en numérique qui rangèrent dans les coffres de l’Histoire la pellicule argentique qui permet toujours aujourd’hui nos remasterisations HD ou 4K. A présent, le cinéma se transforme encore, il n’est plus que jamais une industrie du divertissement et il laisse de plus en plus rarement la place à l’art. C’est une évidence, nous vivons une chute qualitative du cinéma depuis ces vingt dernières années au moins, ce n’est pas l’alliance du divertissement et de l’art qui est à mettre en cause, des centaines de films ont réussi à conjuguer les deux sans verser dans le cinéma prétentieux et pseudo-intellectuel. Non, c’est autre chose et l’industrie hollywoodienne plus forte que jamais gagne la bataille du spectacle pour le meilleur et pour le pire qui, à mon sens, commence à devenir la référence qualitative. La standardisation des codes, des histoires, des rôles, l’appauvrissement considérable des scénarios, la culture des suites sans fin et des remakes, des reboot, tout un éventail qui tend à détruire l’art et le divertissement intelligent au seul profit de l’argent. Le public est désormais gavé aux blockbusters et il en redemande, il n’y a qu’à voir les statistiques sur les entrées, ce cinéma se porte bien. Quand l’indigent Avengers : Endgame réussit à devenir le plus gros succès de l’Histoire du cinéma avec derrière lui Avatar en seconde position, il faudrait vraiment commencer à se poser des questions. Il y a urgence…Je me rassure en sachant qu’en tenant compte de l’inflation, il est admis que Autant en emporte le vent reste le plus gros succès du Box-office mondial…
Comment le cinéma va-t-il évoluer ? Mal sans doute. Au regard de la chute qu’il est en train de vivre, on mesure difficilement comment il pourra se relever d’une telle claque. Le public semble hélas une des victimes de son époque. Gavé aux blockbusters, il continue à valider l’écroulement qualitatif du cinéma et nous ne sommes pas prêts de revoir sur grand écran des To be or not to be, des Ben-Hur, des Le Clan des siciliens, des Dents de la Mer, des Mad Max II, des Contact ou autre Intelligence artificielle. Aujourd’hui, les chefs-d’œuvre sont plus rares que les diamants…mais heureusement, le cinéma s’est peut-être trouvé un successeur en transférant ses qualités perdues dans l’ADN des séries télévisées vers lesquelles il faut désormais se tourner pour reprendre goût et retrouver la patte cinématographique. Des précurseurs de ce changement c’étaient engouffrés dans la brèche il y a longtemps : La quatrième dimension, Star Trek, Columbo, Twin Peaks. L’ère moderne n’a pas démenti ce glissement, plusieurs séries peuvent nous réconcilier avec l’art sur écran : True blood, How I met your mother, The Shield, Breaking Bad, Fargo, Downton Abbey, Game of Thrones, autant de séries à même de nous consoler. Et pour retrouver un peu du sel de la salle obscure, pourquoi ne pas ranger tablette et smartphone et regarder toutes ces séries sur vidéoprojecteur…bien sûr, en VOD ou en Blu-ray, pas de piratage tout le monde car la culture de la gratuité finira sinon par achever tous les arts….
