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Aujourd’hui, le 9 septembre 2023 – Et Guillaume marqua l’Histoire de son surnom

 

Il était français, mais il était roi d’Angleterre. C’était un normand de Falaise, pourtant il régna avec fermeté sur l’Angleterre qui n’était pas encore le Royaume-Unis. Son nom est gravé dans les mémoires sans que l’on ne connaisse totalement son histoire. Ambitieux et batailleur, doté d’un fort caractère, d’une stature imposante et prêt à en découdre avec quiconque pour étendre sa domination, il aura comme ennemis le roi de France Philippe 1er, le puissant comte d’Anjou, les danois et les écossais qui batailleront pour lui arracher le trône d’Angleterre. Il passera sa vie à guerroyer car c’était un souverain de son temps, époque lointaine où pour assoir son pouvoir, il ne fallait pas faillir. Son surnom ne passe pas inaperçu et l’on comprend immédiatement à quelle personnalité nous avons à faire. Guillaume, car c’était son nom, ne fut pas simplement duc et roi, il fut de ces personnalités qui marquent l’Histoire, il fut pour la postérité, Guillaume le Conquérant.  

 

                

Statue équestre de Guillaume le Conquérant à Falaise

 

Le jeune garçon, déjà duc de Normandie à huit ans, était l’héritier d’une longue lignée prestigieuse. S’il est bien normand, né à Falaise en 1027 (ou 1028), ces ancêtres viennent du grand nord. Le puissant duché de Normandie qui n’était pas rattaché au royaume de France, avait été fondé par une figure essentielle de l’Histoire, un combattant aguerri, un seigneur aux grandes ambitions, un géant de plus de 2 mètres d’après les chroniques, Rollon dit le marcheur, de son nom viking Hròlfr. Ce grand ancêtre de Guillaume fondera donc le duché de Normandie après avoir pillé une partie du Royaume de France. Rollon acceptera de cesser ses pillages et ses attaques en contrepartie de l’obtention d’une vaste terre. A l’automne 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte est signé entre Rollon et le roi de France Charles III le Simple. Le viking doit se convertir au catholicisme, empêcher d’autres seigneurs vikings de déferler sur les côtes françaises, en échange de quoi il obtient les terres qui deviennent donc le duché de Normandie. Et c’est là, l’héritage de Guillaume, duc de Normandie qui poussera l’ambition plus loin que son prestigieux ancêtre Rollon.

Guillaume avait été à bonne école, son père et son grand-père avaient été de grands combattants. Robert le Magnifique, son père, meurt très jeune, il est alors âgé d’environ 25 ans. Il revenait d’un pèlerinage à Jérusalem commencé au début de l’année 1035, on ne connait pas les détails exacts de son décès, peut-être fut-il emporté par la maladie, une embuscade ou par un complot, nul ne le sait. Nous savons en revanche que sa mort prématurée ne va pas arranger les affaires de son très jeune fils. Guillaume est bien trop petit pour régner et le duché de Normandie va être le théâtre de révoltes. Quand il hérite du duché, Guillaume est sous la tutelle de son grand oncle Robert le Danois, archevêque de Rouen. S’en suit alors toute une série de décès et d’assassinats pendant la décennie. Le jeune Guillaume voit ses tuteurs tomber comme des mouches autour de lui. C’est un miracle si lui-même ne finit pas assassiner. Pendant cette période trouble, les proches, parents et fidèles à Guillaume et à la mémoire de son père le changent d’habitat toutes les nuits pour assurer sa sécurité. Guillaume évitera plusieurs complots et finira pas assoir son autorité.

Entre 1050 et 1053, il épouse Mathilde de Flandre, descendante de Charlemagne par sa mère (un point de ressemblance avec ma propre compagne, descendante directe du roi Louis XI et donc de Charlemagne…), nièce du roi de France Henri 1er. Si la rencontre est arrangée pour des raisons politiques, il semblerait que leur relation tourna en mariage d’amour, chose rare à cette époque. Les chroniques nous disent que les époux s’aimaient et on ne connait aucune maîtresse à Guillaume. Toute sa vie durant, Guillaume bataillera pour assoir son autorité sur son duché, parfois contre ses propres oncles, d’autres fois contre les ducs de Bretagne ou encore contre le roi de France. En 1066, alors que Guillaume a pacifié ses terres et stabilisé les frontières de son duché, il s’apprête à livrer une des batailles les plus célèbres de l’Histoire, la bataille de Hastings.   

 

                             

Seule représentation de Guilaume de l'époque sur la tapisserie de Bayeux datée de 1066 à 1082

 

Après plusieurs années de bouleversements politiques en Angleterre, Guillaume décide de lever une armée de 7000 hommes portés par 600 bateaux pour réclamer le trône d’Harold II d’Angleterre qui au même moment doit faire face à une invasion viking, invasion qu’il stoppera. Le roi viking Harald Hardrada trouvera la mort dans cette bataille, ce qui clôturera les invasions viking en Angleterre. Vaincre des vikings était un premier défi pour Harold, le second, repousser l’armée de Guillaume était une toute autre affaire. Le 28 septembre de l’an 1066, Guillaume débarque avec ses troupes, il choisit comme base le petite village de Hastings, y fait élever un château de bois (les châteaux dits, « châteaux sur motte », étaient de taille modeste et facile à bâtir à l’époque) ; la bataille est imminente et l’armée du roi Harold est déjà épuisée de son affrontement contre les vikings. Le 14 octobre au matin, la bataille prend forme. C’est alors un échange de tirs d’archers, d’affrontements de piétons, la bataille dure et la journée se poursuit. Les uns reculent, puis les autres. Guillaume voit son cheval mourir sous lui, transpercé par une lance, la rumeur court « Guillaume est mort, Guillaume est mort », le duc montre son visage à ses hommes et le combat se poursuit. La cavalerie normande fond sur les anglo-saxons, mais ils tiennent bon. La fin de journée approche et l’on apprend soudain que le roi Harold, qui a déjà perdu ses deux frères dans la journée, est blessé, il a prit une flèche dans l’œil. La cavalerie normande fond alors sur lui comme en témoigne la célèbre tapisserie de Bayeux qui conte les exploits de Guillaume le Conquérant. Selon la tradition, Guillaume achèvera lui-même le roi d’Angleterre, mais rien n’est sûr dans cette histoire. Ce qui est certain, c’est que la bataille de Hastings est gagnée et que rien n’empêche plus Guillaume de devenir Roi d’Angleterre. Après la bataille, Guillaume ne perd pas de temps, il marche sur Londres, se fait couronner roi à l’abbaye de Westminster à Noël 1066, il fait également ériger un nouveau château, la fameuse Tour de Londres. Les batailles se poursuivent, car la résistance anglo-saxonne est farouche. Mathilde sera à son tour couronnée reine en 1068.

 

                 

Détail de la tapisserie de Bayeux figurant l'invasion normande en Angleterre

 

 

Les années qui suivirent ne seront que batailles et querelles. Guillaume se montrera fort et tiendra sa position, appuyé par le pouvoir papale. Mais la guerre continue et pas seulement en Angleterre, son propre duché de Normandie doit se défendre. Il est en guerre contre la Flandre. Guillaume enchaîne les allers-retours entre le continent et l’Angleterre et tente de tenir bon.  Sa vie durant, il ne cessera de guerroyer et de faire face à des révoltes des deux côtés de la Manche, jusqu’à son ultime bataille en 1087. Guillaume est alors âgé de 60 ans, sa femme est morte depuis 4 ans, il n’a plus l’énergie de sa jeunesse, on dit qu’il a beaucoup grossi, il reste pourtant l’homme de combat qu’il a toujours été. Décidé à repousser les assauts du roi de France Philippe 1er contre lequel il guerroie toujours, il lance un assaut sur le Vexin et décide de piller la ville de Mantes. Les chroniques ne nous apprennent pas tout sur la fin de Guillaume, peut-être a-t-il été blessé pendant la bataille, peut-être était-il déjà très malade et handicapé par quelques maux, toujours est-il qu’il se replie de toute urgence sur Rouen, ville dans laquelle il va mourir le 9 septembre 1087 après plusieurs jours d’agonie. Conscient de sa mort imminente, il confie le duché à son fils, le comte du Maine et lui laisse ainsi un royaume fragile, fruit d’une vie de combat et de fureur, car ainsi en était-il dans ces années du Haut Moyen-âge. Il reste de lui des châteaux, des lieux emblématiques et surtout, un nom qui a su traverser le temps, Guillaume le Conquérant.