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Aujourd'hui, le 26 avril 2021- De Amy à Lady...
Qui connait encore cette jeune femme répondant au nom de Amy Lyon, née en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, décédée relativement jeune au début du XIXe siècle en France, après avoir mené une bien curieuse existence qui la portera de l’anonymat à la fréquentation de personnages historiques d’importance? Le temps s’écoule et absorbe les individus, pour des milliards de vies passées et tombées dans l’oubli le plus total quelques figures se détachent et marquent leur temps et parfois les époques successives pour laisser une empreinte dans la grande ou la petite Histoire du monde. Artistes, grands militaires, souverains ou personnages portés par un charisme exceptionnel, ils sont finalement peu nombreux à traverser le temps et à nous raconter encore leur vie. Parfois, un petit détail suffit à les guider vers la lumière de la mémoire collective, la bravoure d’un chevalier Bayard, le souffle épique d’un Buffalo Bill, la postérité peut être acquise de bien des manières et Amy Lyon demeure dans la mémoire pour sa beauté remarquable et sa vie tragique.
C’est bien le 26 avril 1765 que naît cette jeune femme, elle est prénommée Amy, mais changera plusieurs fois de patronyme. Pour oublier ses premières années d’adolescence durant lesquelles elle fréquentera maisons closes et soirées coquines pour messieurs de la haute société, son amant Charles Greville, la fera appeler Emma Hart. Emma deviendra la muse d’un peintre, George Romney qui nous laissera plusieurs portraits de la jeune femme comme autant de traces de sa beauté. En 1791, à l’âge de vingt-cinq ans, malgré son amour pour Greville avec lequel elle a une relation, elle se mariera avec l’oncle de ce dernier (Greville la poussa dans ses bras à des fins stratégiques), Sir William Hamilton, diplomate de son état, en poste à Naples. C’est ainsi qu’elle devient la fameuse et toujours célèbre Lady Hamilton, et qu’elle fréquentera la cours du royaume de Naples, qu’elle rencontrera même Louis XVI et Marie Antoinette et deviendra l’amie intime de la reine Marie-Caroline d’Autriche. Que du beau monde, le gratin de l’Europe avec lequel Lady Emma Hamilton va vivre pendant quelques années d’une manière fastueuse. Quelle ascension pour cette jeune anglaise, fille d’un forgeron mort quand elle avait deux mois et que rien ne destinait à devenir une jeune femme bien mariée, en vue et convoitée de tous.
Brillante, intelligente et ravissante, son destin historique se serait peut-être arrêté là, si elle n’avait pas rencontré un personnage historique qui marquera l’époque de son empreinte en devenant l’adversaire de notre empereur Napoléon, j’ai nommé Horatio Nelson, oui le fameux amiral anglais qui trouvera plus tard la mort lors de la bataille navale de Trafalgar. Elle le rencontre pour la première fois en 1793 et cinq ans plus tard, alors que Nelson est auréolé de ses succès militaires, ils deviennent amants. L’histoire nous dit que Nelson était très marqué physiquement par ses années de combat, un œil en moins, manchot et les dents gâtées, autant de stigmates qui n’auront vraisemblablement pas empêché une relation de se nouer entre lui et Emma. En 1800, au vu et au su de tous, Nelson fréquente Emma qui est pourtant toujours madame William Hamilton. Un enfant naîtra de cette relation illégitime en 1801, tandis que les Hamilton sont retournés vivre en Angleterre. De ce que nous en savons, pendant quelques années Nelson préféra vivre avec Emma aux dépends de sa propre femme, l’installant dans une maison, jusqu’à sa mort en 1805, ce qui compliqua les années suivantes pour Lady Hamilton qui n'héritera de rien et sombrera peu à peu dans la dépression et l’alcoolisme. Ruinée et très malade, elle meurt dans l’abandon et le dénuement à Calais le 15 janvier 1815 à l’âge de quarante-neuf ans.
Parcours tragique que celui de Lady Hamilton, de la basse condition du petit peuple anglais du XVIIIe siècle, à la fortune et la réussite sociale la plus totale, pour finir sa vie d’une manière bien misérable abandonnée de tous. Sa beauté, sa vivacité d’esprit et le hasard lui auront donné un destin exceptionnel et elle aura marqué son temps de son empreinte, devenant célèbre dans toute l’aristocratie européenne. Que nous reste-t-il d’Emma ? Son histoire, ses amours, sa correspondance avec Nelson, une cinquantaine de portraits et une postérité cinématographique et littéraire. Son personnage fut si célèbre qu’Hollywood lui-même s’en empara dès les années 20 puis encore dans les années 40. Dans cette version de 1941, le rôle d’Emma fut donné à la grande actrice anglaise et divine de beauté qu’était Vivien Leigh, celle bien sûr du mythique Autant en emporte le vent, chef d’œuvre absolu du cinéma. Vous pouvez revoir ce film qui s’appelle tout simplement Lady Hamilton, qui, s’il n’est pas un chef d’œuvre, reste une œuvre agréable à voir, où l’accent est mis sur la romance entre Lady Hamilton et l’amiral Nelson, qui pour l’anecdote est interprété par le mari de Vivien Leigh, l’acteur anglais Sir Laurence Olivier. Des dires même du réalisateur Alexander Korda, c’est aussi un film de propagande, nous sommes en 1941 et le parallèle (injuste pour l’empereur) est fait entre Napoléon et Hitler menaçant alors l’Angleterre… Ainsi, par la procuration que vous offre Hollywood, vous pourrez encore suivre les traces d’Emma et vous l’imaginez quelques instants bien vivante sous les traits de Vivien Leigh qui, il faut le dire, à mon humble avis, était trop sublime pour le rôle, mais c’est aussi cela la magie du cinéma, sublimer parfois le réel.
