L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.

 

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Aujourd’hui, le 8 mai 2021 – Chronique cinéma - Loin, très loin à l'est, rien de nouveau pour Marco...

 

 

Une aventure qui conduit au bout du monde, la soif d’exotisme et la promesse de richesses et de découvertes hors du commun, sans doute cela a-t-il souvent conduit les explorateurs à l’autre bout de la planète. C’est justement là que notre héro du jour se rendra, à l’autre bout du monde, dans les terres lointaines de la Chine et d’après les archives historiques, il y séjournera dix-sept ans, un bien long séjour pour le vénitien Marco Polo, quant à notre ami Gary Cooper, malgré une durée honorable pour ce film, 1h45, on sortira de la projection sans avoir imaginé un seul instant qu’il n’y reste plus de quelques semaines au grand maximum car les évènements du films nous paraissent arriver tous à la suite.

 

Ce film de 1938 n’a visiblement pas bonne réputation, il est assez mal noté et si je ne me trompe pas, même à l’époque il a été mal accueilli par le public. Les aventures de Marco Polo n’ont pas enthousiasmé les foules, ce fut même un vrai échec qui engendra 700 000 dollars de perte, une fortune à cette époque et cela me plaisait de le voir, justement pour tenter d’en comprendre les raisons. J’ai lu des critiques de l’époque qui disaient que cela manquait peut-être d’action et qu’il fallait peut-être y voir la raison de cet échec, « because it was lacking in action » a-t-on commenté à sa sortie. Le titre et le sujet nous promettent un film d’aventure et en effet, il ne se passe pas énormément de choses. Le voyage de Marco Polo est centré sur son séjour à Pékin et rien d’autre, l’itinéraire pour arriver en Chine n’est qu’esquissé en moins de trois minutes. Pendant son voyage, Polo est affublé d’un compagnon aux comportements comiques, je ne trouve pas que cela ait sa place ici, on se croirait parfois dans une simple farce vu ce qu’on a demandé de faire au comédien Ernest Truex, c’est un peu gênant. Le film ne tombe pas pour autant dans la comédie, en vérité, le but du film est surtout d’en faire une romance entre Marco et la fille de l’empereur Koubilaï Khan, ce sera le cœur du film. Là, il faut s’arrêter un instant sur ce détail, aujourd’hui, en voyant l’actrice Sigrid Gurie (d’origine norvégienne) jouer la princesse Kukachin, on ne peut se retenir, au minimum de sourire et sinon de tiquer un peu, car en dépit d’un léger maquillage, elle ne ressemble en rien à une asiatique surtout qu’elle est affublée d’une servante qui elle, en est une vraie d’asiatique, ça choque donc encore davantage...règles de production de l’époque oblige, j’imagine qu’il fallait une starlette d’Hollywood dans le rôle principal. En plus, il faut avouer que sa direction n’est pas bonne, la pauvre fille apparait vraiment trop cruche en susurrant à tout bout de champ « Marco Polo, Marco Polo » en inclinant niaisement la tête, cela finit par un peu agacer. Le second rôle féminin du film, tenu par l’actrice Binie Barnes, s’aligne sur le même défaut de crédibilité, c’est une anglaise maquillée pour tenter de ressembler à une locale (mais elle n’est pas cruche au moins, c’est une femme de caractère), qui interprète Nazama la fille de Quaïdu le seigneur mongol, lui-même joué par un européen, légèrement plus crédible, tout comme celui qui joue Koubilaï Khan. A noter que Lana Turner a un petit rôle dans ce film, c’est une servante qui se fait tourner autour par Quaïdu le dragueur (et c’est la plus jolie du casting…), on a aussi tenté de la grimer légèrement en asiatique, cela ne marche pas non plus. Mais ce ne sont pas les chinois qui manquent dans le film, quasiment tous les figurants sont chinois (asiatiques en tout cas), je pense qu’on manquait d’acteurs asiatiques de premier plan pour leur donner un premier ou un second rôle à l’époque. Ceci étant dit, par curiosité, j’ai vu des extraits d’un Marco Polo de 1965, La fabuleuse aventure de Marco Polo, une production internationale et cela était toujours la même chose. Antony Quinn jouait l’empereur, Robert Hossein un prince mongol et une princesse chinoise était jouée par une européenne, même si Kukachin était joué par une actrice anglaise d’origine chinoise et puis, après tout, aujourd’hui on fait bien pire, une actrice noire a bien été choisie pour jouer Ann Boleyn l’épouse de Henry VIII dans une série anglaise, comble de la stupidité des productions actuelles, irrespect total de la véracité historique et là, ce n’est pas par manque d’actrices blanches caucasiennes...

 

 

 

Marco Polo qui tente une approche sur Kukachin, la fille de l'empereur

 

 

 

Mais revenons-en à nos moutons. Je n’ai pas passé un moment trop long ou trop désagréable avec ce film, honnêtement il se regarde sans hurler, c’est un petit film d’aventure sur lequel ne plane aucun souffle épique, à peine le goût de l’aventure hélas et qui se regarde distraitement en buvant un café. On nous sert toutes les idées reçues sur Marco Polo, une fois arrivé à Pékin il y trouve les spaghettis, la poudre à canon, le charbon de bois et que sais-je encore ? Dès qu’il met les pieds en Chine, tout le monde parle anglais. Bon, c’était habituel à l’époque, on ne se souciait pas de ce genre d’incohérences, il faut voir cela comme une sorte d’ellipse, Polo a peut-être appris le chinois en route ou même avant de partir…c’est un peu comme dans un livre, on nous dit une fois ou deux que les gens ne se comprennent pas, puis finissent pas se comprendre et on ne revient plus dessus, mais j’avoue qu’aujourd’hui, cela a bien du mal à passer. Et la mise en scène ne nous emporte pas non plus dans une grande inventivité, c’est très convenu, quelques plans en surimpression qui ne sont pas très jolis et qui surtout n’étaient pas du tout nécessaires, viennent gâcher un peu l’ambiance. Le scénario a tout de même tenté de coller à la réalité historique connue c’est sympa, la plupart des personnages ont existé, le méchant de service Ahmed le perse (joué ici par Basil Rathbone), ministre de Koubilaï Khan est bien réel…

 

ATTENTION A PARTIR D’ICI JE REVELE LA FIN DU FILM DANS LES QUATRE PROCHAINES LIGNES …

 

Comme la vraie Histoire nous le dit, il décède. A la fin du film, si les producteurs ne se sont pas autorisés à transformer la vérité historique, ils se sont arrangés pour que Gary Cooper emballe tout de même la princesse alors qu’elle est promise au roi de Perse et l’escorte là-bas. Et ceci dit, c’est vrai, apparemment Marco Polo escorta cette princesse jusqu’en Perse sans nous dire s’il a fricoté avec elle…

 

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On est donc ici face à un petit film d’aventure et je peux comprendre pourquoi il n’a pas enthousiasmé les foules. Peu d’action (à part à la fin), or un film d’aventure était synonyme d’action à l’époque, une histoire d’amour sans doute trop mièvre (même pour l’époque), peu passionnante et une mise en scène sans véritables enjeux, tout comme l’histoire au final puisque tout le monde sait très bien que Marco Polo rentre en vie en Europe, on ne craint donc jamais pour la vie de notre héros italien… Ayant tenu 1h45 sans vraiment m’ennuyer, je lui mets un tout petit 6 car dans ma manière de voir les choses, 5 commence vraiment à être une mauvaise note. Je ne pense pas que je reverrai ce film ou simplement quelques extraits pour les montrer, un film à ranger en archives mais dont, en effet, on peut se passer si on cherche du grand cinéma.