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Aujourd'hui, 2 février 2021 - Boris Karloff, l'homme et ses monstres

 

Certaines icônes traversent le temps, les siècles, c’est l’apanage des personnages historiques, mais aussi des légendes et des mythes, qu’ils soient païens ou issus des grandes religions monothéistes. Tout le monde connaît Zeus, Odin, Jésus ou Moïse pourtant, personne n’est véritablement certains de leur existence. Pour la plupart de ces êtres aux pouvoirs fantastiques, le doute est souvent permis ou carrément admis. Depuis le XXe siècle, nul besoin de faire partie d’une imagerie populaire vieille de plusieurs siècles pour habiter notre imaginaire, le siècle dernier a cela de formidable qu’il a ouvert une nouvelle voie aux contes et aux personnages qui les habitent, une voie royale qui les a rapidement mené dans les foyers, dans le cœur et les souvenirs des gens. Le Kinétographe de Thomas Edisson ainsi que le Cinématographe des frères Lumière ont tracé le chemin du spectacle sur grand écran qui prit son envol dès les premières années du XXe siècle. Le cinéma engendrera dès lors un incroyable bestiaire qui s’enrichit toujours aujourd’hui.

 

Le 2 février 1969 voyait le décès du monstre, de la créature ignoble, de l’aberration qui avait hanté les esprits, parfois les cauchemars, de millions de spectateurs à travers le monde pendant plusieurs décennies. Le 2 février disparaissait celui qui ne se réveillerait jamais, contrairement à la créature revenue d’entre les morts, cette créature qu’il avait si bien incarnée à plusieurs reprises au cinéma. Ce 2 février, dans le Sussex en Angleterre son pays natal, un peu oublié du public comme des professionnels du cinéma malgré quelques tournages, s’éteignait pour toujours la créature de Frankenstein. Boris Karloff n’était plus. L’acteur aux multiples rôles cauchemardesques tirait sa révérence monstrueuse et laisserait une empreinte presque indélébile sur les films de monstres.

 

C’est en 1931, il y a donc quatre-vingt-dix ans de cela que l’acteur revêtait pour la première fois le costume et le maquillage de la créature du fameux docteur Frankenstein, ce savant qui voulait créer la vie à partir de morceaux de cadavres. A cette époque, Boris Karloff avait déjà tourné dans plus de soixante-dix films sans vraiment marquer son époque. En tournant dans Frankenstein du réalisateur James Whale, le film d’horreur à la qualité intrinsèque assez discutable sous certains aspects malgré la prestance de l’acteur, il cella son destin pour le reste de sa carrière. Monstre un jour, monstre toujours. Non seulement Karloff revêtit le costume de la créature plusieurs fois mais il tourna toute une succession de films fantastiques ou d’horreur où il incarna différentes créatures ou savants fous. Il fut grimé en savant asiatique démoniaque dans Le Masque d’or en 1932, fut entouré de bandelettes poussiéreuses et antiques dans La Momie, manipula un scalpel meurtrier en 1935 dans Le Corbeau, adaptation de la nouvelle de Poe, passa encore un costume d’asiatique, détective cette fois, dans la série de films relatant les aventures de James Lee Wong et poursuivit son travail dans des films fantastiques jusque dans les années 60, comme par exemple à deux reprises sous la direction de Roger Corman, le fameux réalisateur à redécouvrir, notamment dans Le Corbeau ou L’halluciné où il a comme partenaire un Jack Nicholson débutant encore inconnu du grand public.

 

Une vie à errer entre la vie et la mort, entre le mystérieux et le fantastique, entre le sérieux et le grotesque n’aura, de ses aveux, pas comblé la vie artistique de Boris Karloff. La postérité, quelques uns de ses rôles la lui ont donnée, pourtant, quatre-vingt-dix ans après le tournage du mythique Frankenstein, qui se souvient encore de Boris Karloff. Oh bien sûr, le visage du monstre peut être familier aux cinéphiles ou à certains spectateurs curieux (ou âgés…), mais parmi les jeunes générations auxquelles la culture populaire n’est sans doute pas assez transmise, qui se souvient de l’acteur derrière le monstre ? Monstre un jour, monstre toujours ? Rien n’est moins sûr, les icônes s’effacent parfois quand on n’y croit plus…Un parcours aussi monstrueux, une vie d’artiste si bien remplie, cela méritait bien l’hommage du jour.