L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.

Culture, société, science, suivez mon humeur sur le blog
Aujourd’hui, le 20 octobre 2023 – Beware, Beware, I am the Prince of the Darkness
Qui pourrait bien encore conserver le souvenir d’un acteur né en 1882. 141 ans nous séparent de la date anniversaire de cet homme qui marqua le cinéma par une seule interprétation, ses autres rôles resteront anecdotiques en dépit de ses nombreux films tournés à Hollywood. Son nom n’évoquera rien au grand public qui n’a sans doute jamais entendu parler de lui mais en revanche, le personnage qu’il incarna et qui conserve une aura internationale aujourd’hui attirera l’attention de tous. Si je vous parle de sang, de canines aiguisées, de cape et de crucifix, vous penserez immédiatement à Dracula. Et c’est bien de lui qu’il s’agit, c’est avec ce personnage phare de la littérature et de la pop culture que Bela Lugosi trouvera son apothéose artistique.

Bela Lugosi en 1909 interpétant le Christ au théâtre.
En dépit de sa carrière à Hollywood, Bela Lugosi n’est pas américain, son nom nous le fait comprendre immédiatement bien qu’il l’ait un peu modifié pour devenir acteur de théâtre dans son pays natal. Bela Blasko est né en Hongrie le 20 octobre 1882, dès la vingtaine, il se lancera dans le théâtre pour y jouer de petits rôles. Dans les années 20, il vit à vienne puis à Berlin, enfin, il devient marin et voyage pour une lointaine destination, les Etats-Unis. Son destin est scellé, il foule une nouvelle terre qui verra sa carrière prendre une toute autre tournure. Il retrouve rapidement ses premiers amours et voit sa carrière de comédiens se poursuivre à New York dans les théâtres de Broadway. En 1927, alors qu’il est déjà âgé de 45 ans, on lui propose un rôle dans une pièce à succès déjà jouée depuis 1924, Dracula. Lugosi incarnera le comte et la marque du vampire ne le quittera plus.

L'acteur en 1929
En 1931, Hollywood porte donc sur les écrans la première version officielle de Dracula réalisée par Tod Browning et interprétée par Bela Lugosi dans le rôle titre. En 1922, le célèbre réalisateur allemand Friedrich Murnau avait déjà réalisé un film muet sur le comte mais il n’avait pas les moyens financiers pour payer les droits d’adaptations du roman de Bram Stocker, son vampire avait alors pris le nom du comte Orlok dans son film, Nosferatu le vampire à la trame narrative similaire au roman de Stocker. Browning collera également à l’intrigue du roman en prenant tout de même quelques libertés. Bela Lugosi devient alors un Dracula grandiloquent paré de son accent d’Europe de l’est qui apporte une touche d’authenticité au personnage qui en avait bien besoin, car les talents d’acteur de Lugosi étaient assez limités. Il jouait comme au théâtre tandis que le cinéma demandait plus de finesse. Son rôle de vampire n’arrangera finalement pas sa longue carrière à Hollywood où il restera catalogué comme acteur de genre. Il enchaînera les rôles horrifiques pendant les années 30 à 50 sans véritable grand succès même si ces films ont marqué des générations de spectateurs. Les titres sont évocateurs et suffisent à comprendre la suite de la carrière de l’acteur : Les Morts-vivants, La Marque du Vampire, Le Rayon invisible, Le fils de Frankenstein ou encore Le récupérateur de cadavres, tout un programme horrifique à visionner pour se faire une idée des films d’horreur de ces années hollywoodiennes. Lugosi ira jusqu’à se parodier dans un film comique oublié "Deux nigauds contre Frankenstein" où il incarnera encore une dernière fois le comte Dracula.

Le comte dans sa spécialité, sucer le sang d'une jolie fille.
Sans doute n’était-il pas dupe de cette carrière en demi-teinte, il regrettera d’avoir été choisi pour être l’incarnation physique de l’horreur et de l’effroi au cinéma, analyse que faisait un autre acteur de genre, Boris Karloff, interprète de Frankenstein qui partagea parfois l’affiche avec Lugosi. Il sera présent au cinéma jusqu’en 1959 dans un dernier film de science-fiction d’Ed Wood, Plan 9 from Outer Space où il incarnera, post mortem…un vampire, Ed Wood ayant utilisée des images d’archive de l’acteur décédé en 1956. La boucle était bouclée. Pour l’histoire du cinéma et pour se plonger dans un film qui aura bientôt 100 ans, un visionnage de ce Dracula de 1931 n’est pas un moment de perdu. Glissez vous dans le noir, lancez le film et frissonnez en écoutant Lugosi vous dire : « Beware, beware, I am the Prince of the Darkness… ».

Lugosi, à droite, incarnant le serviteur Igor dans Le fils de Frankenstein en 1939