L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.

 

Culture, société, science, suivez mon humeur sur le blog

 

N'hésitez pas à laisser vos commentaires!

Aujourd'hui, le 17 mars 2021 - 1954, l'année de la renaissance pour Gabin.

 

 

Dans le flot des modes qui font souvent l’opinion, la carrière d’un artiste peut aller et venir, être propulsée vers les sommets ou toucher le fond où l’on peut demeurer longtemps ignoré de tous, ringardisé par son temps et même par son ancien public. C’est un phénomène assez fréquent chez les acteurs, John Travolta, après avoir incarné une des icônes des années 70, fut enterré par l’industrie hollywoodienne et par conséquent par le public pendant plus d’une décennie jusqu’à son retour triomphal et inattendu dans Pulp Fiction. C’est ainsi fait, une carrière n’est jamais totalement acquise et les acteurs français ne sont pas en reste. Enterré par la critique, un peu abandonné par son public, changé par l’âge, un pilier du cinéma français aurait pu finir sa carrière dans les limbes de la culture s’il ne s’était accroché à son art pour revivre de ses cendres et atteindre à nouveau le zénith pour finanlement rester dans la mémoire collective française.

 

En 1954, sortira le 17 mars sur les écrans de France un film de Jacques Becker qui sortit de l’ombre de l’après-guerre celui qui fut la vedette française par excellence des années 30. Après une quinzaine d’années de déboires cinématographiques, quelques expériences à Hollywood, avec tout de même quelques réussites, Jean Gabin retrouvait son statut de star du cinéma qu'il avait bien connu avant la guerre 39/45. Ce film, c’est Touchez pas au Grisbi, un film de gangsters qui relança définitivement sa carrière et le propulsa à nouveau en tête du box-office qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort, devant une véritable icône. Jean Gabin trouvait là un rôle important puisqu’il conditionna en partie, le reste de sa carrière, endossant tour à tour, parmi d’autres types de rôles, celui du flic ou celui du gangster mais toujours sympathique, c’est aussi dans ce film que débuta Lino Ventura, promis également à une grande carrière et une vraie popularité.

 

 

C'est le premier rôle de Lino Ventura, ici aux côtés de Jeanne Moreau.

 

 

Après avoir joué les légionnaires, les aventuriers, les ouvriers, les conducteurs de locomotive, les amoureux désespérés ou les séducteurs de midinettes pendant sa jeunesse, Gabin étoffa encore davantage sa palette en diversifiant ses choix pendant les vingt années de cinéma qui lui restaient à parcourir pour laisser son œuvre considérable à la culture. La traversée de Paris, Les misérables, Maigret et l’affaire Saint-Fiacre, Un singe en hiver, Le clan de siciliens qui réunissait alors les trois stars du cinéma français, Delon, Ventura et Gabin, ou encore Le chat, autant de chefs-d’œuvre auxquels participa Jean Gabin. C’était apparemment un homme simple, très loin du star system qui domine aujourd’hui le piètre cinéma français, un acteur qui pensait travail et qui aimait par-dessus tout tourner avec les gens qu’il appréciait, équipe ou comédiens il s'entourait de copains pour travailler. Il était sans doute aussi un peu bourru, probablement timide et discret hors des plateaux, c'était une star malgré tout, c'était Gabin et son seul nom suffisait à emporter l'adhésion du public.

 

 

Angelo (Venture) discute avec Max (Gabin).

 

 

Jean Gabin est resté dans la mémoire des cinéphiles et il n’a pas quitté le cœur de tous les français, ils sont encore nombreux à apprécier un bon vieux film pour passer un moment avec le vieux Gabin. Pourtant, l’oubli n’est jamais loin et la culture ne se transmet pas toujours facilement, il est bon de rappeler qu’il y avait une vie cinématographique avant le streaming et la consommation de masse, qu’il y avait parfois même de l’art dans certaines œuvres et que le cinéma ne se résumait pas à une enfilade d’effets spéciaux aussi vite vus que digérés pour entamer rapidement un autre produit de consommation de masse à la saveur identique, quand il y a encore de la saveur. La prochaine fois, au lieu de regarder Avengers 18, laissez-vous tenter par Touchez pas au Grisbi ou par Le clan des siciliens et voyez ce que le cinéma français d’alors était capable de produire avant l'ère de la décadence cinématographique…