L'aventure n'est pas seulement au bout du monde, elle est aussi dans les méandres de notre esprit.


Je suis né à Paris, j’y ai grandi, étudié et travaillé. On dit parfois qu’un parisien le reste toujours un peu où qu’il pose ses valises. Il y a du vrai dans cette réflexion, pourtant cela fait de nombreuses années que j’ai quitté la capitale et décidé de vivre une autre vie. Un Paris sublimé par mes souvenirs reste précieusement caché au fond de moi, mais c’est un autre Paris qui s’offre aux visiteurs désormais et cette transformation n’avait rien pour me retenir.
Trouve-t-on vraiment sa place un jour ? Se sent-on parfaitement en harmonie avec l’endroit qu’on occupe ? C’est une quête qui n’est pas sans fin, mais qui peut prendre de longues années avant d’aboutir. J’avais besoin de nature et d’espace, j’avais besoin de tranquillité et d’une vie reposante, des qualificatifs qui n’ont rien de commun avec notre capitale, c’est pourquoi j’ai mis de nombreux kilomètres entre moi et la ville qui m’a vu naître pour partir avec ma compagne vers d’autres contrées.
Paris, j’y ai passé d’agréables moments, mes années universitaires furent un régal, il faut préciser que j’avais choisi la voie de la passion. Entré tardivement dans le moule, un peu hors norme, un peu rebelle, un peu perdu, un peu artiste, j’ai fréquenté les arts et l’archéologie pendant sept ans à l’âge où les autres finissent presque déjà leur cursus. Ces domaines d’études furent passionnants, mais de nos jours, ils sont devenus strictement pointus et très cloisonnés, trop cloisonnés pour mon idéal et ma soif de culture diversifiée. Je ne suis pas l’homme d’une discipline, je ne suis pas fait pour une spécialité mais pour l'éclectisme, pour une curiosité presque sans borne. Je n'ai que très peu suivi la route de l’archéologie, nous n’étions sans doute pas fait pour vivre ensemble et de toute manière, mon véritable amour s’était porté depuis fort longtemps sur sa sœur, la paléontologie et sa cousine éloignée l'astrophysique, mais cela c’est une autre histoire…
L’écriture est arrivée rapidement dans ma vie, je n’avais pas vingt ans quand je me suis lancé dans l’écriture de mon premier roman, un fiasco inachevé qui me trotte pourtant toujours dans la tête, je garde en mémoire les lignes de ces cahiers raturés et quelques événements, quelques noms de personnages endormis dans ma mémoire. Puis j’expérimentai la poésie, inspiré par Keats ou par Baudelaire, je me lançai dans l'écriture de nouvelles, ravi de me plonger dans celles de Mérimée, de Maupassant, d'Edgar Poe, du grand Lovecraft ou de Stephen King et ce fut tout pendant de longues années. L’arrêt? L’abandon ? Je ne le formulerai pas de cette manière, une longue pause, un au revoir plutôt qu’un adieu. Il suffit parfois d’un souffle pour relancer la braise de la création.
Je ne conseillerai jamais assez de lire, c’est une des clefs de la culture, de la connaissance, de l'épanouissement et de l’écriture aussi Il y en a d’autres, comme les rencontres et les voyages bien sûr qui peuvent déclencher à eux seuls la folle envie d’écrire et d'inventer un monde, mais la lecture enrichit aussi notre imaginaire autant qu’elle le stimule. Lire, écrire, les deux faces d’une même pièce qui se partagent l’équilibre entre deux univers pour n’en faire qu’un…
Lire, c’est voyager et réfléchir. Sourire et frémir, s’exalter et s’émerveiller. Être surpris, conquis, révolté ou stupéfait. C’est s’aventurer en terre vierge et se laisser happer par le créateur et sa création. C’est voyager où nos pas ne nous ont pas encore guidé.
Écrire, c’est s’inventer un monde, y voyager sur tous les continents et même au-delà, emportant avec soi son être, ses espoirs, ses regrets, ses désirs, ses souffrances et ses joies. C’est s’aventurer là où nul n’est encore allé, pilotant le grand vaisseau Imagination...
Gilles Kubitza