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Aujourd'hui, le 8 février - La plus grande charge de cavalerie du monde?

 

A la mémoire de mon ancêtre Augustin Dolo, capitaine d’infanterie sous le Premier Empire, à la mémoire de tous les soldats français.

 

La guerre, ses innombrables manœuvres militaires, ses coups d’éclat, ses intrigues, ses massacres inutiles ou essentiels, ses sacrifices vains ou déterminants, ses replis stratégiques ou ses avancées décisives, depuis que l’Homme s’est lancé dans les batailles de grande ampleur, il a souvent été accompagné par un fidèle allié qui rendit parfois décisif l’issue du combat, c’est le cheval. Si plusieurs conflits de l’histoire du monde se sont faits sans lui comme par exemple l’héroïque sacrifice du roi Léonidas et ses trois-cent spartiates aux Thermopyles en 480 avant Jésus Christ pour stopper l’avancée des Perses en Europe, rares furent en revanche les batailles sans charge de cavalerie. Depuis le Moyen-âge et les redoutés déferlement de chevaliers en armure qui renversaient tout sur leur passage, le cheval fut un compagnon de guerre qui bouleversa plus d’une fois le cours de l’Histoire. La charge franque des croisées contre les soldats de Saladin à la bataille de Montgisard en Terre sainte en 1177 est restée célèbre. Seulement 4000 soldats croisés dont 80 Templiers qui étaient très redoutés pour leur efficacité au combat, écrasèrent près de 30 000 soldats musulmans, la victoire changera de camp un peu plus tard…

 

C’est au début de l’après-midi du 7 février que commencèrent les hostilités, mais c’est le 8 février 1807, au petit matin que se déroula le gros de la bataille d’Eylau en Pologne. Fort de son éclatante victoire à Iéna quelques mois auparavant, l’Empereur Napoléon affronte encore une fois une coalition européenne contre lui, en face, les russes et toujours les prussiens. Les effectifs, environ 65 000 hommes dans chaque camp, c’est dire que vers sept heures du matin, quand la bataille commence, rien n’est joué. Pendant deux heures, c’est un déferlement d’artillerie des deux côtés, explosions et cratères parsèment rapidement le champ de bataille. La neige est présente ce jour de février et cela complique les manœuvres et la visibilité, pris sous le feu de l’ennemi russe, le 14e régiment d’infanterie va être tout simplement exterminé, en dernier recours Napoléon envoie une brigade de cavalerie et le capitaine Marbot auprès d’eux pour leur donner ordre d’abandonner la position, mais trop tard, quand ils arrivent la situation est déjà désespérée. L’épisode est célèbre, Marbo sauve l’aigle du régiment qui coiffait le drapeau étendard et le chef de bataillon du 14e lui dit ceci : « Je ne vois aucun moyen de sauver le régiment. Retournez vers l'Empereur, faites-lui les adieux du 14e de ligne qui a fidèlement exécuté ses ordres, et portez-lui l'aigle qu'il nous avait donnée et que nous ne pouvons plus défendre, il serait trop pénible en mourant de la voir tomber aux mains des ennemis". L’ordre est exécuté, Malbo, qui deviendra plus tard général, repart vers l’Empereur, il est blessé et le 14e est massacré.

 

La bataille aurait pu mal tourner pour les troupes françaises et c’est là que nos amis les chevaux font leur apparition, ils ne sont pas seuls, des milliers de soldats français sont là pour mener la France à la victoire. Eylau reste comme la bataille ayant connu une des plus importantes charges de cavalerie de l’histoire militaire. C’est Murat qui conduisit brillamment et avec panache cette charge décisive. En début d’après-midi rien n’est gagné, après le massacre du 14e, les ennemis sont toujours là. Napoléon s’adresse alors à Murat : « Te laisseras-tu dévorer par ces gens-là ? », Murat entraîne alors avec lui 12 000 hommes dans une folle charge qui écrasa tout sur son passage, décimant les deux divisions russes engagées dans la bataille.

Dans nos sociétés pacifiées où les grandes guerres semblent être oubliées, où il est devenu classique d’aimer ses ennemis d'hier plutôt que de glorifier la mémoire des ancêtres qui ont défendu la France, c'est une histoire de temps qui passe... Il est difficile d’imaginer une telle ambiance, le chaos des hurlements des hommes dévoués à la France se battant pour leur vie, le fracas des sabots des chevaux sur le sol et sur les corps des soldats tombés au combat, les coups de sabres qui pleuvent et déciment les ennemis comme de simples mannequins provoquant des effusions de sang. Tout un univers que notre époque oublie peu à peu. La charge héroïque de Murat restera pourtant dans les mémoires et il récidivera en chargeant une nouvelle fois de manière décisive à la bataille de la Moskowa le 7 septembre 1812.

 

L’histoire du monde est remplie de batailles invraisemblables et de sacrifices, ce fut l’essence même du monde pendant des millénaires, probablement depuis la préhistoire d’après certaines preuves archéologiques, tous les peuples se sont battus, tous ils ont défendu leur territoire, tous ils ont voulu prendre leur revanche sur un ennemi passé, et la civilisation et les frontières actuelles de presque tous les pays du monde se sont gagnées de cette manière. Il n’y a ni à en rougir ni à en avoir honte, c'est un simple fait historique, le monde s'est fait par la guerre. Honorer la mémoire des ancêtres qui se sont battus, parfois en vain, pour défendre leur pays, leur art de vivre, peut faire partie de notre vie sans pour autant glorifier les massacres. Le culte des ancêtres est très présent en Asie, encore de nos jours bien sûr, comme au Japon par exemple où il n'est pas rare que les familles possèdent tout un arsenal photographique bien exposés où trônent les ancêtres dont parfois des militaires, prenons exemple sur nos amis japonais. Avec l’ère moderne, l’émergence des guerres technologiques, de la guerre atomique, bactériologique ou et bientôt informatique, il y a tout de même un gagnant qui aura bien mérité sa retraite après autant de dévouement, c’est le cheval…Des formidables charges de la chevalerie française médiévale jusqu’à son utilisation en 1914, le cheval aura rendu bien des services aux hommes et aura probablement changé la face du monde.